Thèses en cours

Cohabitation-en-artiste (titre provisoire)

Mathilde Chenin – Dir. Luca Pattaroni & Olivier Desvoignes (HEAD, collectif microsillons)

Cette thèse s’intéresse aux formes contemporaines de cohabitation-en-artiste, c’est-à-dire à des regroupements d’artistes dont la particularité est d’habiter ensemble un lieu, et en cela d’entretenir avec lui un rapport particulier de familiarité, de proximité et d’habituation ; et à la manière dont ces dernières renouvellent ou non le concept d’utopie. Cohabiter-en-artiste semble en effet aujourd’hui pris dans un mouvement paradoxal : alors que ces formes de vie demeurent porteuses de la promesse d’un ailleurs utopique, d’un pouvoir émancipateur dans le discours des institutions et des artistes qui les portent et les initient, elles semblent vouées dans le monde de l’art contemporain à un devenir-installation neutralisant, à n’être plus qu’une modalité parmi tant d’autres au sein des pratiques artistiques contemporaines. Prenant pour terrain de recherche l’expérience de la résidence artistique, conçue comme une modalité spatio-temporelle hétérotopique du travail créateur contemporain, cette recherche pose la question de savoir si et de quelle manière ces communautés de vie sont aujourd’hui le siège de production d’imaginaires utopiques, c’est-à-dire de formes, de gestes, de discours et de représentations qui viennent, si ce n’est contester, tout du moins proposer des alternatives à l’ordre établi.


Produire la fête (titre provisoire)

Lucien Delley – Dir. Luca Pattaroni & Vincent Kaufmann

A partir du Montreux Jazz Festival comme terrain d’enquête, cette thèse porte sur les enjeux socio-spatiaux et pointent les contradictions politiques relatives à la gestion de la sécurité d’un événement urbain, en grande partie gratuit et libre d’accès. En s’intéressant aux espaces occupés et aux périmètres concernés (un club de musique électronique et un parc public notamment), il est possible de mettre en évidence la complexité – voire le non-sens – de la gestion de l’ordre public par une stratégie de contrôle des frontières entre le dedans et le dehors. Considérant par exemple les adolescents qui peuplent les abords et les marges du Festival, nous cherchons à montrer comment la sécurisation d’un espace public urbain et festif peut/doit se déployer sur le mode du travail social (du lien, de l’accompagnement, de la continuité et de la liberté) bien en amont des missions classiques de la sécurité, du contrôle et de la répression. Dans une logique de prise en compte de l’ensemble des acteurs du dispositif et d’inclusion des publics trop souvent pensés « à la marge », ce projet de recherche propose une approche innovante, dynamique et non-moralisante d’une sécurité urbaine qui se fonde sur des valeurs anarchistes.


La place du temps de déplacement dans les logiques de choix modal : de la temporalité effective à la temporalité subjective (titre provisoire)

Juliana González – Dir. Vincent Kaufmann & Guillaume Drevon

Pendant plusieurs décennies –et encore aujourd’hui- les politiques publiques de mobilité ont cherché à réduire le temps de déplacement pour répondre aux expectatives de rapidité des utilisateurs des infrastructures. Or, malgré des investissements importants pour atteindre cet objectif de renforcement de l’accessibilité, le budget-temps de transport des utilisateurs ne reflète pas une telle réduction. Par ailleurs, et bien qu’une évolution positive soit observée ces dernières décennies en matière de report modal en Europe, de nombreuses villes subissent encore les nuisances liées au trafic automobile.

Dans la perspective du report modal, ce projet de recherche vise à aborder la dimension qualitative du temps de déplacement. Au-delà de controverses liées à la mesure de budget-temps de transport, l’objectif est de questionner la place du temps de déplacement –tel qu’il est vécu/perçu par les individus- dans le choix d’un mode de déplacement, et puis dans l’ancrage des pratiques modales. Pour cela, la recherche mobilise des notions abordées dans le courant de la géographie humaniste et en sociologie telles que l’usage, l’habiter ou encore le régime de familiarité.

Le périmètre d’étude du projet correspond aux principales agglomérations du Canton de Vaud ainsi qu’au périmètre transfrontalier du Grand Genève.


Les distances qui nous unissent : vers des régions transfrontalières cohésives (titre provisoire)

Alexis Gumy – Dir. Vincent Kaufmann & Michel Bierlaire (EPFL, TRANSP-OR)

À la fois projet politique et construction sociale, la frontière est productrice de différences. D’un côté, elle configure les formes urbaines transfrontalières ainsi que leurs spécificités administratives et économiques. De l’autre, elle est un puissant instrument d’identification pour les habitants, capable de faire émerger des formes d’altérité, des « nous », des « eux ».

Le but de ce projet est d’identifier des facteurs capables d’entraîner une plus grande cohésion sociale, géographique et économique au niveau régional. Il s’agirait, pour chaque individu fréquentant le territoire transfrontalier, de percevoir la frontière comme une ressource plutôt que comme une contrainte. En particulier, la recherche s’intéresse à l’idée reçue selon laquelle l’intégration fonctionnelle, par exemple une augmentation de l’accessibilité, profite à l’ensemble de la population. Elle vise à comprendre les relations entre les pratiques – la manière dont les individus utilisent et se déplacent sur (à travers) les régions transfrontalières – et les représentations – la manière dont ils perçoivent leur territoire et ressentent d’éventuelles distances mentales. Principalement basée sur un questionnaire quantitatif, elle mobilise à la fois les théories de la sociologie urbaine et de la modélisation mathématique du comportement pour mieux observer, comprendre et finalement prédire les modes de vie quotidiens.


Participation citoyenne et numérique: de nouveaux outils pour planifier le territoire (titre provisoire)

Armelle Hausser – Dir. Vincent Kaufmann & Boris Beaude (UNIL, SSP)

Face à la diversité croissante des populations qui la compose, un des défis majeurs qui attend la ville du futur est celui de sa cohésion (Kaufmann 2014) : la cohésion sociale entre les plus pauvres et les plus nantis, mais aussi, la cohésion en termes de cohabitation apaisée entre des personnes aux cultures et modes de vie différents, et enfin la cohésion spatiale entre des localisations résidentielles aux accessibilités et aux aménités contrastées. Dans ce contexte, la participation apparaît comme particulièrement importante pour construire du commun (Pattaroni et al. 2009). La formalisation de projets urbains spatialisés émerge comme un moyen pour les acteurs de la planification urbaine de s’emparer de ces enjeux (Douay, 2013).

La thèse se saisit ainsi de la question des civic tech – ensemble des outils et services numériques dont la vocation est « d’améliorer le fonctionnement et l’efficacité de la démocratie, en renouvelant les formes d’engagement des citoyens » (Mabi, 2017) – pour (re)discuter et (re)questionner le fonctionnement actuel des processus de concertation publique et plus généralement de la planification et de la production de la ville. Concrètement, il s’agira de comprendre si le numérique cristallise encore plus les tensions et les problèmes actuels, ou permet au contraire d’apporter des éléments nouveaux au débat. A partir du suivi et de l’analyse d’expérimentations pratiques au sein d’administrations publiques suisses, la recherche s’empare de la question suivante : L’intégration du numérique dans les dispositifs participatifs en matière d’aménagement du territoire permet-elle d’augmenter le champ de la démocratie participative, ou, est-elle un nouvel imaginaire « modernisé » de la participation citoyenne ?


La résistance de la mémoire collective: paysage urbain historique en (dé)construction (titre provisoire)

Lesslie Herrera – Dir. Yves Pedrazzini

Dans la situation urbaine actuelle, le rôle du patrimoine culturel est devenu crucial pour le développement urbain durable. L’intérêt pour le patrimoine se développe rapidement parmi les experts et les profanes, mais de nouvelles menaces émergent des pratiques de conservation elles-mêmes aux plus grandes crises économiques, politiques et écologiques. Afin de relever ces défis, les façons de penser à la conservation ont considérablement évolué au cours des dernières décennies. La Recommandation de l’UNESCO sur le paysage urbain historique (2011) est une des approches les plus remarquables. Depuis son introduction, ce concept a été débattu en raison de sa capacité de mise en œuvre, en particulier sa capacité à inclure la pluralité des mémoires.

L’objectif principal de cette recherche est d’évaluer le potentiel et les limites du « paysage urbain historique », du point de vue de la construction socio-spatiale des espaces de mémoire collective, en mettant l’accent sur les controverses et les processus de résistance de la mémoire comme réactions populaires aux changements. En combinant les méthodes de la sociologie urbaine, de la psychologie sociale, de la théorie architecturale et de la modélisation visuelle, je cartographierai des perceptions collectives de l’espace afin d’identifier différents types de territoires mémoriel dans le centre historique de Mexico et le quartier historique de « El Cabanyal » de Valence.


L’évaporation du trafic : des mécanismes de comportement à la mobilité en pratique (titre provisoire)

Pauline Hosotte – Dir. Vincent Kaufmann

La thèse derrière ce titre (provisoire) aspire à comprendre le phénomène d’évaporation du trafic, à en déceler les leviers, impacts et potentiels dans le but d’apporter des réponses aux enjeux de mobilité de nos sociétés contemporaines. Sur une toile de fond où se rejoignent contraintes d’espace et conscience écologique, mais aussi politiques publiques et viabilité économique, cette recherche aura comme point focal l’individu dans la société ; elle sera dirigée par Prof. Vincent Kaufmann et financée par l’entreprise Transitec. Finalement, elle pourra associer diverses méthodes d’enquêtes quantitatives (sondages et comptages), qualitatives (observations et ateliers), tout comme des éléments de modélisation mathématique.


Violence de l’urbanisation: le cas de Chennai (Inde) (titre provisoire)

Salomé Houllier – Dir. Yves Pedrazzini & Florence Graezer Bideau (EPFL, CDH)

L’urbanisme contemporain comme science et idéologie induit une violence de l’urbanisation qui s’exerce au nom d’une planification formelle de l’espace sur les quartiers informels. Ceux-ci résistent, recourant souvent à leur tour à la violence de leur effacement programmé. Dans certains cas significatifs pour la recherche urbaine comme pour l’action politique, cette confrontation dépasse la dualité entre formalité et informalité. Assemblant deux figures de la ville moderne, l’une informelle – le bidonville – l’autre formelle – le gratte-ciel –, cette confrontation produit les hybrides, proposant dès lors les termes d’un nouvel urbanisme : les villes se construisent désormais par hybridation architecturale, urbanistique et territoriale. Ce processus permet d’aborder de manière novatrice et critique les modèles modernes d’urbanisation formels et qui semblent s’acharner contre les habitants des quartiers informels, engendrant des mouvements de résistance.

Au moyen de théories urbaines et de méthodes de recherches interdisciplinaires, nous analyserons des expériences d’hybridation architecturale, de résistance et réoccupation populaires et donc de ré-urbanisation de complexes urbains en faillite, à Chennai (Inde).


Violence de l’urbanisation: les cas de Caracas (Venezuela) et Guangzhou (Chine) (titre provisoire)

Caroline Iorio – Dir. Yves Pedrazzini & Florence Graezer Bideau (EPFL, CDH)

L’urbanisme contemporain comme science et idéologie induit une violence de l’urbanisation qui s’exerce au nom d’une planification formelle de l’espace sur les quartiers informels. Ceux-ci résistent, recourant souvent à leur tour à la violence de leur effacement programmé. Dans certains cas significatifs pour la recherche urbaine comme pour l’action politique, cette confrontation dépasse la dualité entre formalité et informalité. Assemblant deux figures de la ville moderne, l’une informelle – le bidonville – l’autre formelle – le gratte-ciel –, cette confrontation produit les hybrides, proposant dès lors les termes d’un nouvel urbanisme : les villes se construisent désormais par hybridation architecturale, urbanistique et territoriale. Ce processus permet d’aborder de manière novatrice et critique les modèles modernes d’urbanisation formels et qui semblent s’acharner contre les habitants des quartiers informels, engendrant des mouvements de résistance.

Au moyen de théories urbaines et de méthodes de recherches interdisciplinaires, nous analyserons des expériences d’hybridation architecturale, de résistance et réoccupation populaires et donc de ré-urbanisation de complexes urbains en faillite, à Caracas (Venezuela) et Guangzhou (Chine).


(In)hospitalités urbaines. Quelle place pour le.la nouvel.lle arrivant.e en situation précaire dans les villes de Genève et Bruxelles ? (titre provisoire)

Marie Trossat – Dir. Luca Pattaroni

Ce projet de recherche propose d’interroger et de comparer, à travers les exemples de Genève et Bruxelles, l’évolution des formes d’accueil dans les villes européennes.

L’hospitalité urbaine semble changer profondément de visage du fait en particulier des fortes pression foncière et réglementaire qui induisent la disparition des friches, des niches informelles et, pour partie, des quartiers populaires. Dans ce contexte, quelles sont les réponses des structures associatives et institutionnelles et sont-elles suffisantes pour faire place aux nouveaux arrivant.e.s en situation de précarité ? Quelles sont les possibilités de prendre place aujourd’hui dans la ville européenne et quels sont les nouveaux visages de l’(in)hospitalité ?

Afin de répondre à ces questions, une équipe de recherche interdisciplinaire (sociologie, géographie, architecture) documentera et cartographiera sur plusieurs années les trajectoires spatiales et sociales de venue à la ville d’une soixantaine de personnes en situation précaire à Genève et Bruxelles.

Nous analyserons, d’une part, la manière dont ces personnes parviennent à prendre place dans la ville : comme et où elles y trouvent à se loger, se nourrir, développer des relations sociales, travailler ou encore s’occuper en journée. D’autre part, nous étudierons les transformations économiques, politiques ou encore juridiques des milieux urbains et les recompositions des réponses institutionnelles, privées et marchandes aux enjeux d’accueil.

En multipliant les méthodes et par une approche comparative, ce projet vise au final à nourrir empiriquement et théoriquement les débats sur les effets de l’accroissement des mobilités et des migrations sur le commun des villes contemporaines et l’évolution des formes urbaines de précarité.