Histoire urbaine digitale : Lausanne Time Machine

Reconstitution 3D de la ville de Lausanne à partir des sources de 1721-1727, créée par Fabrice Berger (graphiste EPFL).

Présentation

Le cours « Histoire urbaine digitale » s’inscrit dans une nouvelle offre de cours interdisciplinaires et collaboratifs ouverts aux étudiants de l’UNIL et de l’EPFL.

Ce cours entend permettre le développement de compétences transversales en croisant les domaines d’expertise de l’histoire et des études numérique. Il s’oriente principalement vers la connaissance de l’histoire de Lausanne et le développement d’un projet numérique mené en groupe.

L’étude de cas est celle du territoire lausannois – Lausanne Time Machine – qui sera analysé dans son évolution dans le temps sous de multiples aspects : l’évolution morphologique de la ville, l’histoire de la population, l’histoire du patrimoine culturel, les aspects relatifs à l’espace inhabité et à l’écologie, les sources textuelles comme la presse ou certaines sources littéraires.

Enseignant·e·s

  • Professeur Béla Kapossy
  • Isabella di Lenardo

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Morphologie urbaine de la ville de Lausanne en 1721, créée par Irene Bianchi (assistante scientifique EPFL).

Mis à jour hebdomadairement par Michael Wagnières, assistant du cours UNIL/EPFL “Histoire urbaine digitale : Lausanne Time Machine”, ce journal de bord contient un résumé de chacune des séances du mercredi après-midi, plusieurs images et, parfois, une interview filmée de l’intervenant du jour. Il est destiné aux étudiants du cours, aux chercheurs intéressés par le projet “Lausanne Time Machine” comme aux simples curieux.

La première séance du cours Histoire urbaine digitale, menée par le Professeur Béla Kapossy et la Docteure Isabella di Lenardo, a eu pour but d’introduire le projet Lausanne Time Machine au sein duquel cet enseignement s’insère, ainsi que les objectifs et le calendrier du cours. Cet enseignement a pour particularité de proposer à des étudiantes et à des étudiants de l’EPFL et de l’UNIL – les uns comme les autres issus de sections diverses – de partager leurs compétences et leur expertise en travaillant, dans des groupes mixtes, sur la base de quatre corpus différents, centrés sur le 19ème et le 20ème siècles.

Le groupe cadastre réalisera des analyses morphologiques de certaines zones urbaines de la ville de Lausanne, notamment celle de Berney.

Le groupe population étudiera les registres officiels de personnes résidant à Lausanne, en se focalisant sur le recensement de l’année 1832.

Le groupe icono Lausanne s’intéressera aux sources iconographiques représentant la ville, en les remettant en perspective historiquement.

Le groupe Cinéac se penchera sur les actualités filmées projetées quotidiennement (entre 1938 et 1969) dans une salle de cinéma à Lausanne.

Outre les cours ex cathedra, l’examen de fin de semestre et les séances spéciales (ateliers TILT, visite au Musée Historique de Lausanne, séances de projet…), ce cours d’introduction a également été l’occasion pour Rémi Petitpierre, assistant du cours, de présenter les exercices qui seront menés – généralement dans la seconde partie des séances – grâce au langage de programmation open source Python, qui sera utile au projet des groupes.

En fin de compte, chaque groupe créera un logiciel, dont le développement est orienté par une réflexion historique (l’année dernière, c’étaient des sites web avec des moteurs de recherche et des cartes interactives qui avaient été préparés). Ainsi, dans une perspective d’histoire urbaine et avec pour cas d’étude la ville de Lausanne, les étudiants de l’EPFL pourront développer une sensibilité aux sciences humaines et acquérir des connaissances sur la méthodologie de l’historien, tandis que ceux de l’UNIL pourront apprendre à manipuler des données, des interfaces et des outils numériques.

Lors du cours du 29 septembre, le Professeur Béla Kapossy, historien spécialisé dans les questions philosophiques, intellectuelles et culturelles de l’époque moderne, est revenu sur la discipline de l’Histoire, afin de replacer l’histoire urbaine digitale dans un champ d’études plus large et de sensibiliser les étudiantes et étudiants de l’EPFL à cette approche issue des sciences humaines. Ces dernières, contrairement aux sciences exactes, placent la compréhension de l’Homme et de son contexte social au cœur de l’analyse. L’être humain, tel qu’il réfléchit à lui-même à un instant donné dans une zone géographique donnée, est, en somme, le véritable objet de l’Histoire.

L’Histoire est à la fois l’étude et l’écriture des événements du passé, indépendamment de leur complexité, et la plupart du temps à partir d’une base de données fragmentaire. Ce qui démontre que l’Histoire est une discipline qui entremêle une dimension scientifique (étude), par l’analyse de faits vérifiables grâce à une méthodologie fiable historiquement (proche à certains égards de l’archivistique), avec une dimension artistique (écriture), par la production d’une interprétation subjective. En effet, le discours des historiens dépend toujours de leur orientation politique et du contexte culturel dans lequel ils vivent, même s’ils essaient généralement d’en faire abstraction. Une telle dualité se retrouve également avec les concepts d’heuristique (science qui vise à expliquer des phénomènes) et d’herméneutique (qui cherche pour sa part à interpréter ces mêmes phénomènes, afin de les comprendre). L’objectif de ce cours est justement, pour Béla Kapossy, de parvenir à étudier la ville de Lausanne à la fois dans une perspective de scientifique, mais aussi dans une perspective d’historien, d’où l’importance de la collaboration entre les étudiants de l’EPFL et ceux de l’UNIL. Les outils numériques permettent, pour leur part, d’améliorer la visibilité des recherches historiques, d’accélérer les démarches et d’augmenter quantitativement la matière traitable.

Soulignons qu’il est fondamental de distinguer, pour les historiens, les sources primaires de la littérature secondaire.

Lors de cette séance, Béla Kapossy s’est notamment arrêté sur la perception de l’Histoire durant l’époque moderne. Il a par exemple analysé une gravure zurichoise de 1700, héritière d’une tradition humaniste. De cette représentation, on peut dégager une conception moderne de l’Histoire, cette dernière pouvant être définie ici, grâce à plusieurs figures allégoriques, comme l’articulation entre la spatialité, la temporalité et la place qu’occupent les humains en leur sein.

Certaines cartes de l’époque ont également essayé d’intégrer une certaine historicité au niveau de leur structure visuelle. Avec ce type de document, on ressent déjà, d’après Béla Kapossy, la nécessité de développer, à cette période, une chronologie historique. On réalise aussi que l’intégration de la cartographie à la recherche historique est plus ancienne qu’on ne pourrait l’imaginer au premier abord.

Notons enfin que la discipline historique a rencontré des opposants au cours de l’époque moderne, comme le courant philosophique du scepticisme historique, certaines personnes remettant en doute la fiabilité des témoignages (et non pas celle des faits historiques) et accusant les historiens de travestir la vérité historique à des fins personnelles ou au profit du pouvoir en place. Cela explique notamment les volontés des historiens de légitimer leur discipline, ce qui est particulièrement remarquable au 19ème et au 20ème siècles, avec la création de méthodologies précises et communes, qui emprunte la rigueur des sciences exactes et de l’archivistique.

L’entretien filmé avec Béla Kapossy :

À la suite de la séance principale, deux autres activités ont été effectuées : une session d’exercices sur le logiciel Python, menée par Rémi Petitpierre, ainsi qu’une visite dans les pavillons de l’EPFL (ancien « ArtLab »). En leur sein, on trouve une exposition intitulée Deep Fakes : Art and Its Double, préparée en collaboration avec l’UNIL. Elle s’est donné l’objectif de « pose[r] des questions cruciales sur la puissance des répliques numériques ». Cette visite a été l’occasion d’étendre le thème de la séance de Béla Kapossy, en s’interrogeant d’une part sur l’impact des technologies informatiques dans la conservation d’objets, d’autre part sur les méthodes des historiens à l’ère du numérique.

Pour accéder au site Internet de l’exposition, merci de cliquer ici.

L’après-midi du 6 octobre a été dédié à la découverte du Musée Historique de Lausanne (MHL). La visite s’est focalisée sur l’histoire du chef-lieu au 19ème et au 20ème siècles.

A été commentée une grande maquette, construite à l’aide d’une carte de 1638 dessinée en plan cavalier (soit en vue de biais, à 45 degrés). Elle représente un état de la ville à la fin du Moyen Âge. En outre, elle permet d’illustrer visuellement la façon dont Lausanne a été bâtie sur plusieurs collines (sur le plan géographique) et autour de murailles (sur le plan urbanistique).

La question des débuts de la photographie a notamment été abordée grâce à un daguerréotype pris aux alentours de 1845, qui représente la Cité et la cathédrale depuis la Caroline. Il s’agit de l’une des premières images photographiques retrouvées de la ville de Lausanne.

De son côté, un panorama pris à partir du toit du tribunal de Montbenon, daté pour sa part de 1886-1888, permet d’observer le chef-lieu en pleine mutation urbanistique, et d’y voir apparaître plusieurs bâtiments essentiels construits à cette époque comme l’Hôpital cantonal.

Jusqu’à la seconde partie du 19ème siècle, l’expansion urbaine de Lausanne s’effectue à l’intérieur de ses murailles, ce qui mène à une saturation croissante. C’est la construction de résidences secondaires à l’extérieur des murailles par les riches familles de Lausanne (généralement de grands domaines avec exploitation agricole), ainsi que la destruction des grandes portes, qui permet véritablement l’élargissement du chef-lieu. La ville va alors se développer par la construction de nouveaux quartiers d’habitation, notamment à l’Est et au Sud.

Afin de fluidifier le trafic, l’ingénieur Adrien Pichard, mandaté à cette occasion, a envisagé un dispositif de contournement de la ville ancienne. L’expansion de Lausanne se couple alors avec des constructions architecturales d’envergure, notamment ce que l’on nomme la « Ceinture Pichard », projet duquel on peut principalement souligner la construction de grands ponts au sein de la ville, ce qui offre par ailleurs un cachet de modernité au chef-lieu.

Une autre stratégie d’aménagement du territoire a été celle de « cacher » les rivières, de les couvrir, les cours d’eau posant des problèmes à la fois hygiéniques (ils facilitent la diffusion des épidémies) et urbanistiques (ils complexifient la circulation). Cela a par exemple été le cas à la place de la Riponne.

Pour accéder au site Internet du Musée Historique de Lausanne, merci de cliquer ici.

Le cours du mercredi 13 octobre a été subdivisé en trois parties. Lors de la première, Isabella di Lenardo a parcouru, dans une perspective historique, l’histoire des quatre types de sources (recensement, cadastre, iconographie et audiovisuel) qui seront utilisées par les étudiants dans leur projet respectif.

En ce qui concerne le premier corpus, celui des recensements, il est à noter que cette pratique est des plus anciennes, puisqu’on retrouve déjà ce type de document dans l’Antiquité romaine. Ci-dessous, l’image d’une pierre sculptée recensant la population de l’Empire :

Principalement deux raisons expliquent le développement d’un tel dispositif administratif, qu’elles que soient l’époque et la zone géographique concernées (bien que les évolutions des recensements dépendent grandement d’un pays à l’autre, ce système n’ayant jamais été unifié internationalement) : afin d’une part de gérer les ressources et leur répartition (en évaluant parallèlement les besoins de la population), et d’autre part pour savoir qui doit payer l’impôt (une exigence liée à la fiscalité). Cette deuxième raison n’a que peu changé aujourd’hui : le recensement demeure un système informationnel qui – à l’instar du cadastre – sert avant tout la gestion des finances publiques.

Depuis l’Antiquité, les recensements ont notablement changé en Europe. Après une période méconnue (les sources ayant disparues), les registres de l’Église sont arrivés : en effet, s’est constitué au Moyen Âge une exigence religieuse de cartographier l’ « état des âmes » des paroisses. Cela permettait au clergé d’identifier la population baptisée, ce qui ne relève que peu, dans ce cas de figure, de la fiscalité.

Progressivement, au 18ème siècle, les paroisses sont contraintes de donner leurs registres aux représentants de l’État civil, qui en prennent le relai, alors que se créé le besoin de taxer les foyers (ce qui n’est que difficilement réalisable sans recensement précis). Pour des raisons politiques et économiques, cela aboutit à une certaine uniformité du modèle-type de recensement européen.

En Europe, la conservation de ces sources dépend fortement d’un pays à l’autre ; les archives parisiennes, par exemple, ont été brûlées pendant le soulèvement de 1871. En Afrique, à ce jour, très peu de recensements ont été effectués. En Asie, ces documents se sont surtout démultipliés entre les 1950 et 2000. Aux États-Unis, les recensements sont globalement très bien conservés et protégés ; ils ont en outre pour particularité d’être contrôlés par le bureau de l’immigration, ce qui implique qu’ils contiennent bien plus d’informations sur l’origine et l’ethnie des gens, ainsi que sur les éventuelles maladies dont ils ou elles sont atteints.

Pour observer le premier recensement lausannois, il faut attendre la fin du régime bernois. On dispose des recensements de 1803 à 1814, ainsi que de ceux de 1831 à 1898. Ils étaient effectués dans toute la ville, au porte-à-porte. Tous les individus vivant dans le foyer étaient répertoriés : chef de famille, enfants, domestiques, etc.

Le deuxième corpus se trouve être les cadastres, qui constituent un mode de représentation de l’urbanisme dont on trouve des traces, là encore, dès l’Antiquité romaine. Ils avaient – et ont toujours – pour but de localiser non pas la population, mais la propriété foncière. Par ailleurs, ils cartographiaient également le territoire (et non pas uniquement la ville). Il ne nous reste, aujourd’hui, que des morceaux de pierres des cadastres de la Rome antique. Conséquemment, un projet est mené à l’Université de Stanford pour reconstituer numériquement Rome à partir de ces plans.

C’est au début de la Renaissance qu’on trouve une première carte « aérienne », en l’occurrence de la ville d’Imola en Italie.

Cette carte a été préparée par Léonardo da Vinci en 1502. Dans le cadre d’un mandat pour des travaux d’ingénierie, il a été amené à devoir visualiser Imola du ciel. Il lui a donc été nécessaire d’inventer des techniques pour réaliser des mesures précises, ce qui l’a amené à créer l’endomètre, un instrument qui permet de tracer des lignes droites pour effectuer des triangulations entre des points fixes, aboutissant à un relevé orthogonal et, ainsi, à la réalisation d’un plan à l’échelle. Il ne s’agit toutefois pas du cadastre basé sur la propriété privée, tel qu’on le connaît aujourd’hui…

…il se développe, pour sa part, à la fin du 18ème siècle, notamment avec l’unité de mesure (quasi) universelle du « mètre », qui permet de cartographier des pays entiers, en témoigne l’exemple de la France ci-dessous :

En Suisse, les cadastres se développent dans la continuité directe de la France. En 1804, la même année que celle de l’instauration du recensement, le Grand Conseil du canton de Vaud demande l’introduction d’un cadastre parcellaire. À Lausanne, les travaux prennent du retard, et il faut attendre le début des années 1830 pour l’achèvement du cadastre Berney, qui représente, en à peu près 200 planches, le chef-lieu et ses environs. Cet objet est accompagné d’un registre, qui numérote et répertorie les propriétés foncières, en les décrivant (nom du propriétaire, possession ou non d’un jardin, etc.).

Isabella di Lenardo est passée plus rapidement sur les derniers corpus. Le troisième type de sources, à savoir les documents iconographiques représentant la ville de Lausanne (tableaux, gravures, affiches, photographies…), sont essentiellement conservés dans des collections, notamment celles du Musée Historique de Lausanne. On n’y dénombre pas moins de 68’000 images, dont la première est un daguerréotype de 1845. Cette véritable densité visuelle amène à de multiples possibilités analytiques, mais la géolocalisation de ces images se révèle, actuellement, un enjeu central.

En ce qui concerne le dernier corpus, l’audiovisuel, celui-ci est focalisé sur les actualités filmées (ou « ciné-journaux ») qui ont été projetées dans le Cinéac, une salle de cinéma qui a existé de 1938 à 1969 et diffusait son programme tous les jours en boucle de 14h00 à 23h00. Il a été situé une grande partie de son existence à la place Saint-François. Ces films ont été l’occasion de créer une alphabétisation de la population de manière horizontale, mais aussi de pousser l’opinion publique dans un certain sens (à l’instar d’une véritable arme de propagande). Ce genre filmique se retrouvait à la même époque de manière très proche dans les pays voisins, et s’est éteint au fil des années 1960-1970, avec la généralisation de la télévision et l’incorporation des actualités filmées dans les programmes de ce nouveau médium.

Lors de la deuxième partie du cours, Rémi Petitpierre s’est penché lui aussi sur le dataset dont les étudiants se serviront, mais dans une perspective plus technique. Il s’est focalisé sur les recensements et sur les sources cadastrales, sachant que les documents iconographiques et audiovisuels sont issus de base de données (du Musée Historique de Lausanne pour les premières, des Archives de la Ville de Lausanne pour les secondes) qui fournissent déjà des métadonnées sur ces objets.

Ainsi, cette partie du cours a été concentrée sur la dimension pratique du document processing et sur les logiques procédurales essentielles à rendre un document historique numériquement intelligible, qu’il soit textuel (les recensements) ou iconographique (les cadastres).

Une fois numérisé, le document devient une image. Il est alors nécessaire de procéder à deux grandes opérations : la « segmentation », qui consiste à identifier et dissocier les divers objets présents dans le document, ces objets pouvant être intuitivement différenciés les uns des autres à l’aide d’un code couleur. On passe ainsi d’un « tableau de pixels » dépourvu de structure à une liste d’objets distincts.

Parallèlement, il faut procéder à la « sémantisation » des objets segmentés, en attribuant tous les éléments de la liste – c’est-à-dire toutes les « composantes connexes distinctes » repérées préalablement dans l’image – à des classes sémantiques préalablement établies par le chercheur. Ainsi, les objets présents dans l’image acquièrent une ou plusieurs signification(s). Un exemple ci-dessous :

Pour que le document processing fonctionne, il est nécessaire de définir un corpus et d’isoler un set d’entraînement, représentatif de l’ensemble du corpus. En théorie, plus ce dernier est grand, plus le pourcentage traité de l’objet peut être réduit. Ce set, qui servira d’entraînement à la machine, doit être complété par des exemples de validation, distincts des précédents, qui permet de vérifier la fiabilité des résultats. Si le premier travail manuel demande un certain investissement, la seconde phase est bien plus courte, puisqu’un algorithme automatise la segmentation et la sémantisation des documents.

Le réseau de neurones peut, dans un second temps, apprendre automatiquement de ces exemples d’entraînement, corriger ses erreurs par rapport à la vérité terrain (annotations manuelles) et ainsi former un réseau de fonctions mathématiques capable de traiter contextuellement l’information et de procéder automatiquement à la segmentation sémantique du corpus. Le réseau entraîné devient alors une intelligence artificielle spécialiste du problème qu’on lui a soumis et tend à reproduire les schémas d’annotation sur lesquels elle a été entraînée. La vérification des performances et de la capacité de généralisation du réseau est effectuée sur le set de validation.

Un schéma (préparé, à l’instar des autres, par Rémi Petitpierre) synthétise cette procédure d’apprentissage supervisé, que l’on nomme aussi machine learning :

Le premier cas sur lequel Rémi Petitpierre s’est arrêté est celui du recensement lausannois de 1832. Il s’agit d’un objet textuel et structuré. L’image d’origine a été segmentée, sémantisée, les colonnes et les lignes basales des segments de texte ont été détectées, et après de nombreuses étapes de prétraitement (incluant, notamment, un recadrage, un deslanting et la compensation de la lumière), il est possible de procéder à l’océrisation (ou OCR, pour Optical Character Recognition) du texte grâce à un réseau de neurones. Un posttraitement, basé sur des caractéristiques linguistiques et des dictionnaires appropriés, est ensuite nécessaire. En y ajoutant la structure, il est possible d’obtenir une version digitale et structurée du recensement, qui n’était, dans son scan original, qu’un amas de pixels.

Le second cas est celui du cadastre Berney, lui aussi daté de 1832. Il permet d’illustrer les bases fondamentales qui précèdent l’étape de géoréférencement manuel (sur QGIS, notamment) ou automatisé, étape régulièrement utilisée pour étudier les sources cadastrales. Est notamment remarquable l’étape de vectorisation, qui consiste à transformer des pixels (données images) en polygones (données vectorielles), à l’instar du processus de segmentation.

La dernière partie du cours a été consacrée à la première phase de constitution des groupes de travail (à la suite d’une brève présentation des travaux de l’année 2020-2021, que l’on peut retrouver dans le journal de bord de cette année-là à l’entrée « 26/05/2021 – Examen (second semestre) »), constitution qui sera finalisée la semaine prochaine. Pour cela, les étudiants ont été invités à réaliser en ligne le test RIASEC, qui catégorise les gens selon six profils professionnels (réaliste, investigateur, artiste, social, entreprenant, conventionnel). Ce test, développé dans les années 1960 par le psychologue américain John Holland, reste aujourd’hui quasi incontesté. L’idée serait, idéalement, que les étudiants se répartissent dans les groupes en fonction de ces catégories, diversification supplémentaire à celle qui sera déjà opérée en fonction de la haute école dont ils font partie et de leur discipline.

Pour accéder au test RIASEC, merci de cliquer ici.

Mis à jour hebdomadairement par Michael Wagnières, assistant-étudiant du cours UNIL/EPFL “Histoire urbaine digitale : Lausanne Time Machine”, ce journal de bord contient un résumé de chacune des séances du mercredi après-midi, plusieurs images et, parfois, une interview filmée de l’intervenant du jour. Il est destiné aux étudiants du cours, aux chercheurs intéressés par le projet “Lausanne Time Machine” comme aux simples curieux.

Cette première séance a eu pour but d’introduire le cours Lausanne Time Machine, ses objectifs et son calendrier. L’enseignement propose à des étudiants de l’EPFL et de l’UNIL de partager ensemble leur expertise en travaillant, dans des groupes mixtes, sur la base de quatre corpus différents.

Le groupe population étudiera les registres officiels de personnes résidant à Lausanne, en se focalisant sur les recensements de l’année 1832.

Le groupe cadastre réalisera des analyses morphologiques de certaines zones urbaines de la ville de Lausanne, notamment celle de Berney.

Le groupe icono Lausanne s’intéressera aux sources iconographiques représentant la ville, en les remettant en perspective historiquement.

Le groupe Cinéac se penchera sur les actualités filmées projetées quotidiennement (entre 1938 et 1969) dans une salle de cinéma à Lausanne.

Ainsi, avec pour cas d’étude la ville de Lausanne, les étudiants de l’EPFL pourront acquérir des connaissances sur la méthodologie historique, tandis ceux de l’UNIL pourront apprendre à manipuler des données et des interfaces numériques.

Le deuxième cours, donné par Isabella di Lenardo, s’est penché sur l’histoire urbaine numérique, que l’on peut rattacher aux digital humanities, un champ de recherche regroupant également – dans un domaine proche de l’histoire urbaine – les études sur la population et la démographie, l’histoire économique, l’histoire de l’espace « non-bâti » et, enfin, l’histoire de l’espace politique. Il a été question de revenir sur quelques exemples concrets, sur les critiques que l’on peut faire à cette discipline et sur les défis qui l’attendent à l’avenir.

Ces approches sont basées sur les « systèmes d’information géographique » (SIG), dispositifs que l’on retrouve dans l’espace public aujourd’hui tant avec les téléphones portables qu’avec les cartes Camipro. L’histoire urbaine numérique étudie ces objets, fruit d’un croisement entre la géographie et les sciences de l’information, en y intégrant une dimension historique (sachant que cette dimension a tendance à être effacée dans les recherches “traditionnelles”).

Quelques exemples ont été tirés de cartes anciennes essayant, à leur façon, d’intégrer visuellement une certaine historicité.

Durant le cours, une attention particulière a été accordée à deux types de projets. Premièrement, ceux qui concernent la population, et qui touchent aux disciplines de l’anthropologie, de l’économie, de la biologie, de la psychologie et de l’histoire. Le cas des migrations dans le monde a été abordé…

…Mais également celui de la population parisienne, avec un projet d’extraction massive des données (entre 1839 et 1922) des annuaires et des almanachs de la région…

…Ce qui a été l’occasion, par exemple, de replacer les habitants sur des cartes d’époque redessinées…

…Ou d’effectuer des statistiques sur les métiers les plus pratiqués dans la capitale française.

Secondement, un grand intérêt a été porté aux projets d’histoire urbaine. A l’instar de certains archéologues, les enseignants du cours encouragent le fait de privilégier des approches intégrant les outils 2D (typiques de la géographique) et ceux de la 3D (typiques de l’architecture et de l’urbanisme), qui ont tendance, malheureusement, à ne pas être utilisés de manière complémentaire.

Certains résultats du projet Venice Time Machine ont été présentés durant la séance, afin d’illustrer la façon dont l’extraction de données urbanistiques…

…Peut mener à constater et à analyser historiquement, dans une perspective synchronique et/ou diachronique, quatre phénomènes : déjà les réseaux de sociabilité…

…Mais aussi l’organisation des familles, les transformations urbaines et les propriétés foncières (un exemple de ce dernier cas ci-dessous).

Lors du cours du 30 septembre, Béla Kapossy, historien spécialisé dans les questions philosophiques, intellectuelles et culturelles de l’époque moderne, est revenu sur la discipline de l’Histoire, afin de replacer l’histoire urbaine digitale dans un champ d’études plus large.

L’Histoire est à la fois l’étude et l’écriture des événements du passé, indépendamment de leur complexité, et la plupart du temps sur une base de données fragmentaire. Ce qui démontre que l’Histoire est à la fois une discipline qui entremêle une dimension scientifique (étude), par l’analyse de faits vérifiables grâce à une méthodologie fiable historiquement (proche à certains égards de l’archivistique), avec une dimension artistique (écriture), par la production d’une interprétation subjective. Le discours des historiens dépend en effet de leur orientation politique et du contexte culturel dans lequel ils vivent, même s’ils essaient généralement d’en faire abstraction. Une telle dualité se retrouve également avec les concepts d’heuristique (science qui vise à expliquer des phénomènes) et d’herméneutique (qui cherche pour sa part à interpréter ces mêmes phénomènes, afin de les comprendre). L’objectif de ce cours est justement, selon Béla Kapossy, de parvenir à étudier la ville de Lausanne à la fois dans une perspective de scientifique, mais aussi dans une perspective d’historien, d’où l’importance de la collaboration entre les étudiants de l’EPFL et ceux de l’UNIL.

Il est fondamental de distinguer, pour les historiens, les sources primaires de la littérature secondaire.

Béla Kapossy s’est notamment arrêté sur la perception de l’Histoire durant l’époque moderne. Il a par exemple analysé une gravure zurichoise de 1700, héritière d’une tradition humaniste. De cette représentation, on peut déjà dégager une conception moderne de l’Histoire, cette dernière pouvant être définie ici, grâce à plusieurs figures allégoriques, comme l’articulation entre la spatialité, la temporalité et la place qu’occupent les humains en leur sein.

La discipline historique a rencontré des opposants au cours de l’époque moderne, comme le courant philosophique du scepticisme historique, certaines personnes remettant en effet en doute la fiabilité des témoignages et accusant les historiens de travestir la vérité historique à des fins personnelles ou au profit du pouvoir en place. Béla Kapossy est également revenu sur les relations conflictuelles entre les historiens et les érudits/antiquaires, les premiers accusant les seconds de collectionner massivement des objets en ne cherchant que peu – ou du moins de manière secondaire – à les resituer dans un fil historique. Malgré cela, les typologies qu’ils ont créées ont notablement profité aux historiens.

C’est véritablement au XXsiècle qu’émerge la sous-discipline de l’histoire urbaine, non pas par les représentants de l’histoire constitutionnelle et politique, mais par ceux de l’histoire sociale, économique, culturelle, démographique, etc. Ces nouvelles approches se penchent sur les dimensions urbanistique des villes (leur rôle dans le déclin de l’artisanat, dans les changements de la structure familiale…), politique (modernisation de l’administration, républicanisme et communalisme…) ou religieuse (la place de la Réforme dans les villes, le problème du multi-confessionnalisme…).

Béla Kapossy a également proposé une typologie des villes originaires de l’époque moderne. Il a notamment abordé le projet avorté (1625) de la « ville commerçante » d’Henripolis, qui aurait été une ville autogérée où chacun choisit librement la confession qu’il désire…

…Puis d’autres villes ayant réellement été bâties, comme la « ville de fortification » de Neuf-Brisach (1698) en Alsace…

…La « ville de résidence » de Versailles, fameuse habitation de la cour des rois de France de la fin du XVIIsiècle jusqu’à la Révolution française…

…La « ville libre / république » de Berne, indépendance que l’on comprend notamment par le motif iconographique de l’aigle couronné sur son emblème…

…Et, enfin, le cas de Lausanne, « ville municipale » d’un territoire sujet, sur laquelle ce cours va se focaliser. Par ailleurs, Lausanne va devenir de plus en plus, au fil du temps, une ville commerciale, artisanale et industrielle.

L’entretien filmé avec Béla Kapossy :

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Lors du cours du 14 octobre, Irene Bianchi, spécialiste dans la reconstitution numérique de villes en 3D, s’est penchée sur le développement urbain de la ville de Lausanne. Elle a parcouru l’histoire architecturale de la ville du IVsiècle à nos jours, en se concentrant tout particulièrement sur l’époque contemporaine.

Irene Bianchi a mis l’emphase dès le début de sa présentation sur le terme de topographie, fondamental pour le projet Lausanne Time Machine, notamment en raison de la situation géographique singulière du chef-lieu vaudois (construit sur trois collines et traversé par deux cours d’eau). Lausanne est situé par ailleurs entre cinq grands axes de communication : le Jura vaudois, la Savoie, la France et Genève, le Valais et l’Italie, et enfin le reste de la Suisse alémanique.

L’histoire de Lausanne commence dans le quartier Vidy, à l’époque romaine (antique), la ville étant nommée à cette époque le vicus de Lousonna.

Au Moyen-Âge, la population s’est installée dans les hauts de la cité, avec pour épicentre la cathédrale de la ville, bâtiment charnière entre les deux parties de Lausanne (chacune d’un côté de la colline).

Outre le premier quartier qu’est celui de la Cité, cœur religieux de Lausanne, d’autres vont apparaître au fil d’une expansion de la ville vers le sud (donc vers le lac Léman) ; en effet, au gré des besoins artisanaux et commerciaux de Lausanne vont se construire la PaludSaint-Laurent, le Bourg et le Pont, chacun ayant une fonction qui lui est propre (les artisans, par exemple, se regroupent à Saint-Laurent).

Lausanne a été construite au Moyen-Âge dans une logique militaire défensive. Les bâtiments étaient en effet tous adossés les uns aux autres, de sorte à construire une muraille autour de la ville. Cela a considérablement limité, jusqu’au XVIIIsiècle, les possibilités d’expansion de la cité, véritablement esclave de son enceinte. Seules quelques familles aisées et/ou bourgeoises avaient commencé à s’installer dans les campagnes avoisinantes, en y faisant construire des domaines de taille conséquente (maisons de maître, châteaux, villas de luxe, etc.).

Ce qui a permis l’extension de la ville, c’est la démolition des grandes portes (à commencer par celle de Saint-Pierre en 1787), qui délimitaient le contour de la cité. A cela s’ajoute, en 1803, la nomination de Lausanne comme chef-lieu du canton de Vaud, ce qui a généré la nécessité (symbolique) d’agrandir et d’ « améliorer » architecturalement la ville pour la rendre « digne » de ce rôle. Un grand projet du XIXsiècle est alors celui de la « Ceinture Pichard »…

…Projet duquel on peut principalement souligner la construction de grands ponts au sein de la ville ; l’image de cette dernière s’en voit notablement modifiée, Lausanne se métamorphosant en cité industrielle et devenant symbole de la modernité.

Le démarrage industriel de la ville se trouve avantagé par le développement des moyens de transport au niveau international. Lausanne se dote à cet égard d’une gare en 1856, qui est placée stratégiquement au centre de la ville. Le secteur touristique (et hôtelier) se développe également à cette époque à Lausanne, parallèlement (par exemple) à Évian de l’autre côté du lac.

La ville est construite selon plusieurs modèles architecturaux, qui entretiennent parfois des relations conflictuelles. Irene Bianchi s’est arrêtée sur la construction du quartier Georgette, entre 1866 et 1897, pour illustrer ces diverses tendances architecturales ainsi que quelques spécificités lausannoises (les architectes de l’époque contemporaine ont en effet emprunté certains éléments architecturaux à des modèles extérieurs, tout en développant une typologie propre à la ville).

C’est au XXsiècle que se développe à Lausanne, dans son « Premier plan directeur d’extension », le modèle pittoresque, qui se distingue notamment par le respect de la topographie des lieux, en construisant des bâtiments (moins hauts qu’auparavant) et des routes (plus sinueuses) en accord avec les dénivelés du terrain. On observe une manifestation de ce modèle dans la cité-jardin de la colline de Bellevue.

De par la démultiplication de ces modèles architecturaux au fil de l’Histoire, Lausanne est véritablement une ville mosaïque. Ce caractère fragmentaire, ces diverses ambiances urbaines sont encore apparentes aujourd’hui, lorsque l’on se promène à Lausanne et que l’on prête attention à l’architecture des lieux…

…Et lorsque l’on songe au projet Lausanne Horizon 2030, on peut aisément en conclure que les transformations architecturales du chef-lieu sont loin d’être terminées.

La sixième séance du cours Lausanne Time Machine a été présentée par Béatrice Lovis, spécialiste de l’histoire culturelle lausannoise du XVIIIème siècle. Son intervention s’est concentrée autour de la plateforme numérique Lumières.Lausanne, créée en 2008 à l’initiative du professeur Béla Kapossy, qui est une base de données importante sur les gens célèbres ayant vécus à Lausanne et leurs réseaux de sociabilité. Fondamentalement interdisciplinaire (la trentaine de chercheurs ayant travaillé pour cette plateforme provenant, pour l’Université de Lausanne, à la fois des sections Histoire, Philosophie et Français de la Faculté des lettres, ainsi que de la Faculté de théologie) et en partenariat avec diverses institutions (notamment la Bibliothèque cantonale et universitaire (BCU) de Lausanne, les Archives cantonales vaudoises (ACV) et les Archives de la Ville de Lausanne), Lumières.Lausanne est à la fois un outil de publication, un outil de recherche et un outil pédagogique pour les étudiants.

Concernant le premier aspect (Lumières.Lausanne comme outil de publication), on peut relever que la base de données est composée de 270 fiches biographiques, 8500 fiches bibliographiques et – si l’on compte celles qui sont en cours – plus de 1000 transcriptions (essentiellement de textes manuscrits). Ces sources peuvent être des lettres comme des procès-verbaux, en passant par des pièces de théâtre. A cela, on peut ajouter la publication sur le site de vidéos de conférence ainsi que d’articles, purement scientifiques (les « études ») ou semi-vulgarisés (les « trouvailles »).

Un exemple de fiche biographique :

Avantage notable de cette plateforme, comparativement par exemple à DHS (Dictionnaire historique de la Suisse) : des sources et de la littérature secondaire peuvent être jointes aux fiches biographiques et bibliographiques.

Lumières.Lausanne est également un outil de recherche. Bien que la plateforme possède quelques limites sachant que certaines fiches sont pour l’instant incomplètes, qu’elles nécessiteraient par conséquent une récolte d’informations supplémentaires dans des archives, elle permet toutefois d’étudier en profondeur les personnalités de l’époque et favorise surtout, dans l’interface même, la recherche sur les réseaux de sociabilité.

Par ailleurs, Lumières.Lausanne permet aux utilisateurs de créer leur propre espace de travail, de partager des bibliographies et d’établir des groupes de recherche.

Enfin, Lumières.Lausanne est un outil pédagogique sur mesure pour les étudiants. Il est en effet possible pour eux de saisir des données biographiques, mais aussi de transcrire et d’éditer des manuscrits (divers travaux que les responsables du site vérifieront avant leur mise en ligne). Cela constitue un excellent exercice pour de nombreux étudiants, tout particulièrement pour les historiens. Une règle importante demeure : celle de conserver l’orthographe ancienne lors de la transcription, contrairement à une certaine tendance d’éditeurs contemporains qui la modernisent systématiquement.

Actuellement, sept projets ont été lancés dans le cadre du projet Lumières.Lausanne. Certains d’entre eux sont terminés, à l’instar de celui se penchant sur l’ancien Journal de Neuchâtel nommé le Mercure suisse (qui a existé de 1732 à 1782).

Plateforme récente, Lumières.Lausanne est en constante évolution et fera face, selon Béatrice Lovis, à plusieurs défis à l’avenir, à savoir : pouvoir contrôler rigoureusement l’accès aux données ; assurer la qualité des saisies (notamment du fait que les documents courts sont plus difficiles à océriser que les longs) ; et enfin encourager la participation et les échanges entre de nombreux chercheurs et étudiants du monde académique.

Pour accéder au site Lumières.Lausanne, cliquez ici.

La séance du jour a été présentée par François Vallotton et Nelly Valsangiacomo, tous deux professeurs en histoire contemporaine. Leur objectif a été de démontrer comment il est possible de raconter l’histoire d’une ville grâce aux sources audiovisuelles (notamment en raison des nombreuses ressources documentaires de cette nature qui sont disponibles pour Lausanne), via l’exemple de Cinéac.

Ce dernier est un cinéma projetant exclusivement des actualités filmiques, tournées généralement en 16mm, accompagnées d’intertitres et souvent sans son (bien que certaines vidéos possèdent de la musique et quelques bruitages ajoutés à l’étape du montage). Ce type de salle de cinéma, ainsi que les actualités projetées en première partie des séances de cinéma « traditionnelles », ont joué un rôle central dans l’information de la population, surtout avant la généralisation de la télévision et de ses émissions d’actualité.

Le Cinéac de Lausanne diffusait son programme (d’environ 40 à 50 minutes) en continu, tous les jours de 14h00 à 23h00. Il a existé de 1938 et 1969, ce qui en fait l’expérience la plus longue de ce type en Suisse (en effet, d’autres Cinéac ont existé sur le territoire helvétique et dans le reste du monde). Situé les huit premières années à la rue Saint-François 2, ce cinéma lausannois a déménagé pour le reste de son existence sur la Place Saint-François, là où se trouve actuellement le fast-food Five Guys.

Cinéac a connu une certaine postérité, puisque des acteurs culturels ont décidé de continuer à capter et sauvegarder l’actualité lausannoise « digne d’être conservée » ; Octave Hegger, journaliste et militant anarchiste, a été mandaté pour cette tâche entre 1969 et 1980, puis Bertrand Nobs, architecte-urbaniste et réalisateur, de 1980 à 2009. Un intérêt notable a été porté d’une part sur les grands événements de la ville de Lausanne, d’autre part sur les mutations (notamment urbanistiques) du chef-lieu.

Une photographie de Bertrand Nobs en 1985, place de la Riponne :

Parallèlement est créé en 1982 une Commission des archives filmiques (au sein des Archives de la Ville de Lausanne) et deux fonds d’archives sont constitués en 1984, celui de l’institution tout juste citée et celui de la TSR (qui a acheté une partie de ces sources). Les films qui y sont conservés y ont avant tout une valeur documentaire et patrimoniale, contrairement à la fameuse Cinémathèque suisse, autre lieu de conservation d’œuvres audiovisuelles qui privilégie pour sa part la valeur esthétique.

François Vallotton s’est arrêté sur un film en particulier, datant de 1960, diffusé dans le Cinéac de Lausanne : les obsèques du Général Guisan, figure militaire majeure de l’histoire suisse qui est, par ailleurs, l’une des personnes les plus médiatisées de son temps.

Bien que tournée « classiquement » en 16mm, cette source a deux particularités techniques intéressantes : elle est en couleur, et elle possède plusieurs éléments sonores hétérogènes (cohabitation de sons pris sur le vif et de musiques solennelles postsynchronisées). De plus, le film commence par un prélude (une de sorte flashback) thématisant la relation entre Guisan et son cheval. Comparativement aux autres films Cinéac, on peut ainsi constater que les funérailles de l’ancien général ont reçu un traitement filmique privilégié. Étudier ce document avec un axe intermédiatique se révèle en outre être pertinent, car un événement d’une telle ampleur a également été représenté simultanément (ou presque) et massivement dans la presse et à la télévision (en direct).

Ces obsèques sont également des plus intéressantes si l’on se penche sur l’histoire urbaine lausannoise : en effet, il est possible à l’arrière-plan d’observer l’architecture des lieux, les commerces, les moyens de transport, les accoutrements des citoyens, etc.

Nelly Valsangiacomo s’est quant à elle penchée également sur un film de 1960 : la démolition de la cheminée de la tannerie Mercier. Cette source nous permet à la fois d’apprendre plusieurs éléments sur l’histoire de l’urbanisation de Lausanne (qui détruit les vestiges d’une culture industrielle jugée obsolète pour privilégier l’image moderne d’une ville tertiaire), mais confère également à cet écroulement une dimension à la fois spectaculaire et patrimoniale. En effet, alors que la cheminée n’était qu’un objet secondaire dans le paysage lausannois, en attestent les photographies d’époque qui la marginalisent visuellement…

…Elle est devenue en revanche, à sa chute, un objet patrimonial au centre des images.

L’entretien filmé avec François Vallotton :

Le cours du 4 novembre a été consacré aux présentations des quatre groupes de travail ; chacun d’entre eux a exposé, pendant 10 à 20 minutes, l’état des lieux de sa recherche. Ces interventions n’étaient pas notées ; elles se voulaient avant tout l’occasion d’une discussion commune autour des premières pistes des étudiants et de leurs questionnements méthodologiques.

Le groupe population dispose du recensement de 1832 de la ville de Lausanne, qui contient près de 3400 entrées (incluant le nom du maître de maison, l’adresse du domicile, l’activité professionnelle exercée, etc.). L’intérêt du groupe se portera sur le cas – passablement rare et souvent lié à une situation de veuvage – des femmes apparaissant dans le registre à la tête du foyer. Quatre axes seront abordés : (1) comment ces femmes sont-elles devenues cheffes de famille, (2) quelle est la taille des familles en question, (3) leur classe sociétale et, enfin, (4) leur origine (si elles sont majoritairement ou non issues de migrations récentes). In fine, les étudiants chercheront à comparer leurs résultats avec d’autres recensement du 19ème siècle, provenant de Suisse romande ou d’ailleurs.

Le groupe cadastre, de son côté, se penchera sur certains quartiers de Lausanne, en cherchant à géolocaliser les habitants (à l’aide du recensement de 1832, également utilisé par le groupe population) sur quelques-uns des 197 documents cadastraux qu’ils possèdent. Leur but est d’observer si certains quartiers de la ville sont habités par une frange de la population en particulier, ou si un type de métier y est principalement exercé. A cette approche synchronique succédera une approche diachronique, les étudiants désirant comparer l’organisation urbaine du chef-lieu avec des cartes contemporaines. Par ailleurs, le groupe a pour objectif, via une interface informatique qu’ils créeront, de rendre ces données accessibles et intelligibles pour des recherches futures, qualitatives comme quantitatives.

Disposant de plus de 62’000 images photographiques du chef-lieu, le groupe icono Lausanne a décidé de créer quelques lignes de codes facilitant leur exploration de cette vaste base de données. Ils se serviront à la fois de mots-clés hiérarchisés sur deux niveaux (« Ouchy » serait par exemple un mot-clé principal et « Funiculaire » un secondaire) et d’un time slider (un outil permettant d’explorer une certaine fourchette de temps). Leur objectif est, grâce à une interface qu’ils développeront au fil de l’année, de reconstituer en images une histoire urbanistique de la ville de Lausanne, en se focalisant sur certains de ses monuments emblématiques et de ses quartiers iconiques. Il sera également possible de géolocaliser les photographies sur une carte interactive.

Enfin, le groupe Cinéac (cf. séance du 28.10.2020) dispose de 117 vidéos d’actualités réalisées et diffusées dans le cinéma lausannois éponyme entre 1938 et 1969. À partir d’un travail manuel de repérage et de géolocalisation des lieux (mentionnés dans les intertitres et/ou visibles en images) où ont été tournés ces documents audiovisuels, le groupe a découvert que plusieurs de ces endroits peuvent être rattachés à des thèmes récurrents : (1) de nombreux discours et événements politiques sont tenus à la Riponne, (2) les défilés se déroulent généralement entre St-François et Bel-Air, (3) Ouchy et Vidy sont dédiés aux installations de divertissement, et (4) les parades militaires ont lieu à Montbenon. Cette étude historico-thématique se couplera à une observation de l’évolution urbanistique environnante et à l’élaboration d’une carte interactive.

Le cours du 11 novembre a été consacré à une présentation de Ludovic Pollet, assistant-doctorant en histoire médiévale à l’Université de Lausanne. Il s’est focalisé sur les sources papier manuscrites, originaires pour certaines du Moyen-Âge, et leur potentielle réutilisation à l’aide d’outils numériques par des historiens, des ingénieurs et des digital humanists.

Dans un premier temps, Ludovic Pollet a proposé une typologie des sources écrites permettant d’étudier la population lausannoise. Il a ainsi évoqué les registres de reconnaissance (l’ancêtre du registre foncier : ils décrivent les parcelles et les localisent, afin d’identifier à qui appartient certaines zones et l’argent que le « locataire » doit au propriétaire du fief), les registres de paroisse (l’ancêtre de l’état civil : les premiers cas de registres avec des informations sur les personnes, qui se lient aux cérémonies religieuses traversant la vie des gens), les recensements (cf. séance du 04/11/2020, documents sur lesquels travaille le groupe « Population ») et les registres de notaire (ils fournissent des informations sur les relations – notamment économiques – entre les individus). Un exemple de ce dernier cas de source ci-dessous :

Dans un second temps, Ludovic Pollet a rattaché ces sources à la question de l’Histoire à l’ère du numérique. Un problème notable, en voulant extraire les nombreuses informations se trouvant dans ces archives pour créer une base de données, est celui de satisfaire les exigences des différents acteurs impliqués, sachant que les historiens, les ingénieurs et les digital humanists n’ont traditionnellement pas les mêmes méthodologies. Par exemple, ces derniers se concentrent principalement sur une entrée ou alors cherchent à faire une modélisation globale de l’information, voire des statistiques ou de la visualisation ; les historiens, quant à eux, se servent des bases de données comme outil de recherche, ou comme moyen d’indexer leurs documents.

Pour illustrer ce problème des sources et de ce qui en est retenu, Ludovic Pollet a présenté un brainstorming de la manière dont il faudrait représenter de manière structurée l’information contenue dans les quatre types de documents mentionnés au début de sa présentation. Le linking est effectué entre les personnes ou entre les lieux. Cela lui permet de souligner encore d’autres problèmes récurrents dans ce champ de recherche, comme le fait de n’étudier que les élites lausannoises (par « simplicité » historique) ou de construire des bases de données à partir des personnes (plutôt que directement à partir des sources). Il a par ailleurs insisté sur la nécessité de rattacher aux sources chacune des informations trouvées sur des individus.

La séance du 18 novembre a été l’occasion d’accueillir Paola Viganò, architecte et professeure d’urbanisme à l’EPFL, ainsi que Martina Barcelloni Corte, également architecte et professeure à l’Université de Liège. Pendant leur intervention, elles ont présenté trois stratégies de connaissance permettant d’aborder, à travers le regard d’un(e) urbaniste, la ville de Lausanne. Leur présentation est basée sur l’idée, dans la continuité des travaux d’André Corboz, que la ville contemporaine – du moins en Europe – a changé, que le modèle de la « ville compacte » diminue et qu’une place plus grande est accordée celui de la « ville territoire », une ville bien plus éparpillée, diffuse et hétérogène au plan urbanistique. Lausanne serait emblématique de ce nouveau paradigme.

La première de ces trois stratégies de connaissance est la description. Martina Barcelloni Corte évoque, dans cette partie, le travail effectué avec des étudiants du cours EPFL « Analyse territoriale et urbaine ». Pour rendre cette étape possible, il est nécessaire de s’immerger dans la ville tant physiquement (en allant la visiter et en effectuant des relevés) qu’avec les sources (photographies, dessins, films…) ayant participé à construire un « imaginaire » de cet endroit, sources qui rendent alors possible une nouvelle façon de percevoir et de façonner l’espace urbain.

Cette description doit s’articuler en trois temps, basés sur trois regards. Déjà, l’expérience du lieu lui-même, comme décrit précédemment.

Ensuite, ce que Martina Barcelloni Corte nomme (métaphoriquement) le palimpseste. C’est ce qui permet de passer de cette première expérience du lieu (synchronique) à une réflexion (diachronique) sur l’évolution du territoire. Un intérêt particulier a donc été porté aux cartes historiques, qui permettent de reconstituer l’expansion de Lausanne au fil du temps ainsi que les différentes strates de sa construction. Ci-dessous, un exemple d’une carte historique de l’EPFL préparée par deux étudiants (Quentin Stéphane et Pierre Dupont) :

Le troisième regard est celui des « rationalités territoriales », soit la typologisation et l’analyse d’éléments urbains. L’idée est ici de mettre en relation la ville avec son territoire, et d’expliquer la manière dont ce lien à un impact sur l’implantation de telle ou telle infrastructure à tel ou tel endroit. Ont par exemple été étudiées en détail les relations entre la Sorge (une rivière lausannoise) et son environnement naturel et urbain d’une part (l’illustration provient des mêmes étudiants cités au paragraphe ci-dessus)…

…et d’autre part la position urbanistique particulière qu’occupe à Lausanne le quartier du Flon (images, cette fois-ci, de Juliette Lafrasse et Elisa Nadas).

La deuxième stratégie de connaissance, à savoir l’acte de projeter quelque chose vers le futur, a été présentée par Paola Viganò. Par conséquent, le palimpseste a été déplacé : les considérations ne sont plus majoritairement portées sur les éléments urbanistiques qui lient passé et présent, mais sur ceux qui pourraient potentiellement joindre présent et futur.

Trois classes d’analyse urbaine ont été retenues pour mener à bien cette analyse. La première concerne les corniches, donc les « surface(s) horizontale(s) étroite(s) située(s) à flanc de falaise » (dictionnaire Antidote). Lieu d’invention du « panorama », les corniches permettent souvent – tout particulièrement en Suisse (notamment dans l’Arc lémanique) – de mettre naturellement en exergue la beauté des paysages, en offrant une vue dégagée sur les environs.

Lausanne est un cas des plus intéressants, sachant qu’il s’agit d’une ville construite sur des collines ; les courbes de niveau sont donc très variables, alternant « terrasses » et pentes abruptes, favorisant donc la formation de nombreuses corniches naturelles. L’organisation urbaine du chef-lieu prend en compte cette géographie spécifique ; un exemple récent – en lien avec la pandémie de coronavirus – a été la décision du canton de Vaud de créer au début de l’été des pistes cyclables tout au long des corniches du Léman (à Lausanne y compris), afin de maximiser leur fréquentation et, inversement, de diminuer le trafic automobile.

Le cas des microporosités est le deuxième angle de vue : il s’agit des nombreux endroits à Lausanne facilitant le passage d’un espace à l’autre, par exemple des jardins collectifs que tous peuvent traverser. Cela signifie que de nombreux espaces n’ont pas été entièrement privatisés dans le chef-lieu ; cela apporte d’une part une atmosphère plus chaleureuse à cette ville (ces zones sont des lieux de sociabilité, de rencontre) et rend d’autre part possible la multiplication de petits projets dans l’espace public.

Enfin, le troisième thème retenu par Paola Viganò pour observer la ville de Lausanne est celui des « rivières cachées ». Ces cours d’eau étaient très présents dans l’imaginaire collectif du passé, mais en ont quelque peu disparus aujourd’hui, ces rivières étant désormais couvertes et parfois même réduites à des tuyaux (dans lesquels se jettent l’eau d’égout). À Lausanne, de nombreuses rivières (comme le Flon) ont été déviées pour pouvoir aménager le territoire. Ces objets suscitent et susciteront des questions nouvelles avec le réchauffement climatique, qui a une influence sur le cycle de l’eau.

La troisième stratégie de connaissance, également présentée par Paola Viganò, est la construction d’un regard collectif, qui s’émancipe de la seule sphère académique pour toucher un public plus large. Il est alors question de relier tous ces résultats de recherche – portant sur l’organisation de l’espace urbain lausannois – aux transitions écologiques, techno-économiques et socio-démographiques de notre société. Le réchauffement climatique, typiquement, va nécessiter certaines adaptations architecturales et urbanistiques, en particulier dans les régions qui seront touchées par des canicules de plus en plus intenses ; l’espace public devra être préparé en conséquence.

Une plateforme d’échange sur l’urbanisation contemporaine, New Climates in… Lausanne, créée en 2020 par l’Habitat Research Center de l’EPFL, se concentre justement sur l’aménagement du territoire en réponse aux bouleversements climatiques actuels et à venir.

La séance du 25 novembre a été dédiée à une présentation de Maud Ehrmann, digital humanist et spécialiste de l’extraction numérique, de l’annotation et de la figuration de données textuelles. Elle s’est penchée sur le cas de la numérisation de journaux anciens, en abordant un projet toujours en cours, dans lequel des membres de l’EPFL (dont elle) collaborent avec des chercheurs de l’Université de Zürich et de l’Université du Luxembourg : Media Monitoring of the Past – impresso.

L’objectif de ce projet, outre la numérisation massive de données, est de créer une interface qui vise à faciliter (comparativement à des recherches avec des archives papier) la découverte d’informations historiques dans les lignes de texte. Les journaux, qui existent depuis le 17ème siècle, ont toujours été des sources très importantes pour les historiens, puisqu’ils sont le miroir de la société à une époque donnée, représentant tant la « grande Histoire » (les guerres, la politique internationale…) que la « petite Histoire » (les informations régionales, la météo…). Ainsi, les informations trouvables en leur sein sont à la fois riches, denses, et surtout continues : du moment où ils ont été conservés, les journaux, souvent publiés quotidiennement, permettent d’observer attentivement une période sur le long terme et sans interruption. Depuis le début du projet, l’intégralité de près de 100 journaux différents ont été numérisés dans le cadre du projet impresso.

Lors de son intervention, Maud Ehrmann a particulièrement insisté sur les défis auxquels les chercheurs ont été confrontés en préparant cette interface de recherche. Le premier est celui de faire face à des « silos » de journaux numérisés. Bien que ce chiffre soit en constante augmentation, seuls 10% des journaux mondiaux ont été numérisés. De plus, cela a été fait de manière déséquilibrée géographiquement (la majorité des journaux numérisés viennent d’Europe) et le copyright bloque l’accessibilité de certaines de ces archives, même dans le cas où elles ont été numérisées. Pour l’instant, les chercheurs, s’ils désirent avoir une vue d’ensemble de leur sujet, sont contraints à des stratégies de recherche hybride (explorer les bases de données en ligne d’une part, d’autre part voyager et fouiller les archives papier les intéressant).

Le deuxième défi, profondément lié au premier, est d’être confronté, une fois l’extraction effectuée, à des données massives. Les chercheurs du projet impresso s’efforcent de standardiser tous les formats, afin de réduire la taille des fichiers tout en évitant de perdre de l’information. La conversion engendre toutefois de nombreux problèmes : présence de répertoires vides, de répertoires corrompus ou d’incohérences. Dans certaines situations, ces problèmes peuvent provenir du journal d’origine (par exemple, dans le cas où un quotidien n’a pas été publié pendant un certain laps de temps, cela engendre des bugs dans l’extraction d’informations). Tout corriger a posteriori est un travail laborieux que les collaborateurs sont obligés d’effectuer, car cela pose les fondations nécessaires au reste de la recherche.

Le troisième défi concerne l’étape de l’océrisation (un terme provenant d’OCR, signifiant Optical Character Recognition). Souvent, le processus de reconnaissance des caractères provoque de nombreuses erreurs, bruitant parfois considérablement les textes. Maud Ehrmann a pris l’exemple du mot « gazelle », surreprésenté dans les journaux numérisés sur impresso, alors qu’il s’agissait d’une simple erreur d’océrisation : c’est, en réalité, le mot « gazette » qui est des plus présents. L’OCR génère ce type d’erreur, et d’autres fois le procédé invente entièrement des mots. Pour résoudre le problème, il faut refaire une seconde fois l’étape de l’OCR, ou alors estimer la qualité du logiciel. À cet égard, de nouveaux systèmes de reconnaissance textuelle plus performants sont développés, comme récemment AbbyyFineReader en 2017 et HTR Recurrent Neutral Network en 2018. Une autre solution, dans le but d’améliorer le processus de l’OCR, est de compléter la recherche par une reconnaissance des « entités nommées », donc des unités référentielles du langage qui soulignent la sémantique des textes, en répondant aux questions : qui, quoi, où, quand et pourquoi.

Le quatrième défi touche à l’interface graphique d’impresso : comment visualiser et explorer des données de manière intuitive et pratique ? C’est par le biais du « co-design » que l’équipe interdisciplinaire du projet impresso a conçu cette interface nouvelle : les text miners, les designers et les historiens participant au projet ont dû échanger en continu afin d’apprendre les uns des autres et d’expérimenter ensemble les évolutions de l’interface ; cela, grâce à des workshops, des chercheurs associés invités dans les universités partenaires, des conversations collectives en ligne ou des collaborations individuelles. Les historiens ont par exemple dû élaborer des « scénarios de recherche » ; les designers, eux, ont réfléchi à la manière dont une interface graphique pouvait répondre au mieux à ces questions hypothétiques. Cette conception collaborative a généré certaines difficultés pratiques, mais la qualité « finale » de l’interface en a largement dépendu.

Une perspective plus large est adoptée dans le cas du cinquième défi : les chercheurs se sont interrogés sur l’impact d’impresso sur les études numériques. Comment les historiens, formés professionnellement à un travail précis et rigoureux, peuvent se contenter de données extraites automatiquement, généralement d’une manière imparfaite, qui plus est des données algorithmiques changeantes ? Comment trouver le juste milieu entre ces limitations et une interface simplement esthétique, qui donnerait l’illusion que tout est à disposition ? La transparence s’est ainsi révélée primordiale, au sein des discussions entre les membres du projet comme au sein de l’interface de recherche (impresso ne montre qu’une partie de ce que les sources sont réellement, l’interface masquant les multiples étapes préparatoires).

La présentation a été complétée par une exploration d’impresso avec Maud Ehrmann, qui a ainsi pu expliquer comment des recherches textuelles et/ou iconographiques peuvent être effectuées à l’aide de cette interface.

Pour accéder à impresso, cliquez ici.
 
L’entretien filmé avec Maud Ehrmann :

La séance du 2 décembre s’est avant tout voulue être un mode d’emploi (parfois récapitulatif) pour les étudiantes et les étudiants des outils techniques mobilisables dans le cadre de leurs recherches. C’est Rémi Petitpierre, assistant scientifique à l’EPFL et assistant du cours Lausanne Time Machine, qui s’est chargé de reparcourir ces outils et de répondre aux diverses questions des gens à leur sujet.

La présentation a été divisée en deux parties. Premièrement, Rémi Petitpierre a abordé Python – un langage de programmation permettant de traiter une grande quantité de données textuelles – et ses librairies. Python est typiquement utile pour automatiser des tâches de repérage simples, mais chronophages. Après être revenu sur le processus d’installation du logiciel et des libraires, Rémi Petitpierre a rappelé certaines modalités d’exécution (l’introduction de variables, le paramétrage de comparaisons, etc.) et a présenté les librairies Pandas (un langage de communication de Python spécialisé dans la lecture et la manipulation de base de données, par exemple des tableaux Excel) et NumPy (spécialisé, pour sa part, dans les opérations mathématiques et les statistiques de base).

Pour accéder à Python, cliquez ici.
 

Secondement, Rémi Petitpierre a parlé de la cartographie numérique. Il a évoqué OpenStreetMap, « le Wikipédia de l’information géographique » : en effet, cette base de données se construit grâce à des gens du commun qui viennent nommer des lieux et localiser certains points d’intérêts. Sa fonction de recherche, Nominatim, offre la possibilité de trouver des adresses et de les géolocaliser. En disposant de tels informations géographiques, il est envisageable de géocoder des données. Des logiciels comme Leaflet ou Folium permettent à cet égard la création de cartes interactives, sur lesquels le programmeur peut ajouter des marqueurs et divers fichiers textuels, iconographiques et/ou audiovisuels. La présentation de cette section a été complétée par divers conseils techniques : la gestion de points se trouvant superposés, la lecture et la conversion de certains types de données (shapefile), etc.

Pour accéder à OpenStreetMap, cliquez ici et ici pour Leaflet.

Aucun résumé pour cette séance.

Pour consulter les premières avancées des quatre groupes de travail, merci de vous référer à la section « 04/11/2020 – Présentation des groupes » du journal de bord.

Le cours du 16 décembre, à savoir la dernière séance du premier semestre, a été dédié à une présentation notée des quatre groupes de travail. Pendant environ 20 minutes, ces derniers ont dû d’une part exposer l’état de leurs recherches respectives, d’autre part introduire les projets pratiques qu’ils ont l’intention de réaliser au cours du semestre de printemps 2021.

S’intéressant toujours au cas des femmes cheffes de famille (grâce au recensement lausannois de 1832), le groupe Population a longuement présenté ce qui – au plan technique – a été effectué depuis au niveau des données dont ils disposent. Ils ont décidé, pour l’instant, de se focaliser sur les quartiers du Bourg (une zone principalement habitée par des bourgeois) et Saint-Jean (une zone bien moins aisée économiquement), afin d’obtenir des premières statistiques sur la répartition entre veuves et célibataires, la commune d’origine des citoyennes, leur activité professionnelle et, enfin, leur année de naissance. Par la suite, cette étude statistique sera étendue à l’intégralité de la ville de Lausanne. Ces analyses quantitatives pourront alors être couplée, par exemple, à une étude des classes socioéconomiques de ces femmes, ou alors aux raisons les ayant amenées à occuper une telle position.

Les membres du groupe Cadastre, eux aussi, ont longuement présenté les étapes techniques qu’ils ont accomplies à l’aide des données à leur disposition, basant même la majorité de leur intervention sur cet aspect-là. Pour l’instant, le groupe Cadastre ne s’est arrêté que sur la Rue du Grand-Saint-Jean, composée de 136 parcelles. Au deuxième semestre, ils étendront leurs analyses au centre-ville (voire à l’entièreté de la zone urbaine du chef-lieu) et développeront un moteur de recherche intégrant les paramètres « métier », « rue », « lieu d’origine », « nom du propriétaire » et « nom des locataires ». Des cartes organisées selon les professions des citoyens ou leur lieu d’origine seront alors potentiellement développables. Leur objectif, en somme, sera de répondre à la question suivante : « comment était, d’un point de vue spatial, l’organisation socioéconomique de la ville de Lausanne en 1832 ? ».

Après avoir fait un retour sur le caractère massif et diversifié de leur base de données, le groupe Icono Lausanne a expliqué avoir limité cette dernière pour leur étude aux images répondant aux mots-clés « Lausanne », « format numérique » et « urbanisme », ainsi qu’au filtre géographique « Flon » et « Ouchy ». Dans l’ensemble, leur objectif principal a peu changé : créer une carte interactive (grâce à Geopy et Leaflet) sur laquelle il est possible de cliquer sur des épinglettes pour visualiser les images prises à tel ou tel endroit de Lausanne ; le time slider, de son côté, serait un plus non négligeable qui permettrait d’analyser plus précisément l’évolution historique de certains bâtiments (à l’instar du funiculaire). De tels outils rendront possible (et nécessaire) l’émergence de certaines questions historiques, en particulier celle-ci : « comment est-ce que les transformations urbaines de la ville de Lausanne témoignent de l’évolution de la vie sociale ? ».

Finalement, les membres du groupe Cinéac, après être brièvement revenus sur l’histoire de l’institution éponyme et sur les informations techniques de leurs sources, sont arrivés à la conclusion qu’il valait mieux limiter leurs recherches à certains événements (à l’instar de l’Expo 64) et certains lieux. Ainsi, ils souhaitent se demander dans leur travail « en quoi le corpus Cinéac est un outil pour la reconstruction de l’histoire de la ville de Lausanne », mais aussi quelles sont les « thématiques dominantes » représentées, leurs liens avec l’histoire du XXsiècle et la répartition de ces sujets dans le temps. Ces principales thématiques sont la politique – qu’il s’agisse d’une expression officielle (élections, assermentations…) ou populaire (grèves…) –, les parades, les loisirs (les défilés et les compétitions sportives sont les plus documentées) et les faits divers. Le projet de géolocalisation de ces sources (sur une carte interactive) sera mis en place au second semestre. À cela s’ajoutera la création de trois petits journaux, un pour chacune des époques qui ont été identifiées (l’avant-guerre, la Seconde Guerre mondiale et l’après-guerre), qui contextualiseront historiquement et resitueront géographiquement chacune des sources.

Le cours Lausanne Time Machine a repris le 24 février 2021, à la suite du traditionnel intersemestre académique. Cette séance a essentiellement eu pour but d’être une introduction au second semestre : accueil des étudiants, présentation du nouveau programme et, enfin, retrouvailles et discussion des membres des quatre groupes de travail.

Pour cette troisième phase, Rémi Petitpierre, assistant scientifique à l’EPFL et assistant du cours Lausanne Time Machine, a demandé aux groupes d’effectuer cinq choses : (1) récupérer les questions de recherche du semestre dernier et, si nécessaire, clarifier leur formulation ; (2) décomposer le travail restant en plusieurs étapes ; (3) définir un calendrier ; (4) répartir le travail entre les étudiants ; (5) anticiper les difficultés et les étapes qui nécessiteront des compléments lors de cours techniques et/ou théoriques. L’objectif a ainsi été, dès le cours initial du semestre, de proposer pour les semaines à venir une première ébauche de planification (pour les groupes de travail comme pour les prochaines séances).

Le cours du 3 mars 2021, donné par Isabella di Lenardo, a été divisé en deux parties. La première s’est voulue être une introduction théorique aux systèmes de géoréférencement (en anglais : Geographical Information Systems). Le chercheur en digital humanities Ian N. Gregory a défini ce type de logiciel comme étant « une sorte de système de gestion de base de données qui relie chaque élément à une représentation de son emplacement, en se basant sur des coordonnées, comme des points, des lignes, des polygones ou des pixels ».

Les points, les lignes et les polygones peuvent être rangés dans la catégorie des « données vecteurs ». Il s’agit typiquement du mode d’affichage choisi par Google Maps, les divers éléments de cette gigantesque carte numérique étant représentés, au niveau géométrique, relativement schématiquement. Grâce aux données vecteurs, il est possible de déduire des distances, de calculer des périmètres, d’évaluer une densification, et plus généralement d’effectuer des analyses spatiales, si ce n’est spatiotemporelles (si une carte antérieure et/ou postérieure à celle sur laquelle le chercheur travaille est ajoutée au projet en question).

La seconde grande famille de données (celle que Ian N. Gregory rattache au champ des « pixels ») est celle que l’on nomme les « données raster », à savoir les images et autres éléments iconographiques. Il s’agit typiquement des photographies satellitaires, des schémas d’architectes et des diverses cartes 2D et 3D insérables dans les logiciels GIS. Grâce aux technologies récentes, il est possible d’automatiser la traduction des données raster en données vecteurs, par exemple à l’aide de processus de reconnaissance des couleurs.

Afin de fonctionner ensemble dans un GIS, les données vecteurs et les données raster doivent posséder des coordonnées géographiques (X / Y / Z). Cela est plus efficace sur des cartes à l’échelle locale et/ou nationale qu’à l’échelle globale, puisque la Terre n’est pas une sphère aux contours « parfaits ». Toutefois, trois systèmes à l’échelle de la Planète bleue sont régulièrement utilisés : le WGS84 (système de référence mondial pour l’heure), ainsi que Mercator (surtout utilisé dans la cartographie maritime) et Lambert (surtout utilisé, pour sa part, dans la cartographie aéronautique).

La seconde partie du cours a été dédiée à l’un de ces logiciels (pour la création de cartes interactives à l’échelle locale) : QGIS, qui a l’avantage d’être un système de géoréférencement disponible en open source.

Cette partie de la séance a eu pour but d’intégrer une dimension pratique, puisqu’Isabella di Lenardo a proposé un tutoriel en direct de QGIS, ainsi que trois exercices qu’elle a réalisés en même temps que les étudiants du cours. L’un de ces exercices était consacré au système routier des États-Unis…

…Le deuxième à la création d’un nouveau dataset pour un cadastre lausannois de 1831-1832…

…Et le dernier, enfin, à un test de l’interopérabilité des formats sur QGIS, avec le cas d’une carte de Philadelphie datant de 1802.

Pour accéder à QGIS, cliquez ici.

Le cours du mercredi 10 mars a été scindé en deux. La première partie a été donnée par Isabella di Lenardo, qui s’est intéressée à la dimension structurelle du document processing, soit les pratiques visant à numériser des documents analogiques, non pas en effectuant un simple scan de ces derniers, mais en les rendant numériquement intelligibles.

Le document processing peut être utilisé sur des documents textuels (manuscrits, lettres, registres…) et/ou iconographiques (cartes, photographies, schémas…). Dans un cas comme dans l’autre, les documents sont des écosystèmes dans lesquels coexistent des « objets » et des « phénomènes ». Les versions physiques intègrent ces multiples informations ; les versions numérisées, à leur façon, les documentent également, mais il est en outre possible d’identifier et de mettre en exergue, grâce à divers processus informatiques, plusieurs de leurs structures internes.

Trois dimensions sont concernées par ces processus :

Pour prendre un exemple concret, il est possible d’évoquer la nécessité qu’a l’ordinateur, afin de mener à bien son processus de reconnaissance des caractères, de comprendre le sens de lecture d’un texte. Or, celui-ci peut-être plus inhabituel qu’il n’y paraît. Un texte peut se lire de manière linéaire, mais avec de nombreux embranchements offrant des compléments d’informations, notamment avec les gloses bibliques et universitaires…

…le lecteur doit aussi, parfois, parcourir successivement deux colonnes parallèles…

…tomber sur des lignes se lisant de gauche à droite, puis inversement…

…ou enfin être confronté à des textes dotés d’un sens de circulation bien plus nébuleux.

Ces diverses complexifications démontrent que la transcription numérique de documents analogiques n’est que la phase finale du document processing ; en effet, il faut obligatoirement commencer par une analyse de la mise en page, afin que la transcription tienne compte des structures internes du document concerné.

Isabella di Lenardo préconise l’utilisation d’un format de représentation de l’information uniformisé plutôt que systématiquement réinventé (comme de nombreuses archives et bibliothèques le font) afin de garantir l’interopérabilité des données. L’un des premiers standards – encore en vigueur aujourd’hui – est celui de l’Open Annotation Model, qui rend possible l’ajout de métadonnées, attributs ou commentaires à certaines zones spécifiques des documents numérisés (cela permet, par exemple, pour un manuscrit médiéval, de distinguer les zones textuelles des ornementations visuelles).

La communauté ayant travaillé sur ce système a nommé les outils utilisés les Shared Canvas. Grâce à eux, il est par exemple possible de rajouter des transcriptions, ainsi que des annotations pour taguer la langue du document, le style, l’auteur, etc. Le document devient alors une toile de fond, sur lequel l’annotateur peut ajouter du savoir et de la connaissance. Ce sont les Shared Canvas qui servent à générer des modèles de données, et qui permettent de multiplier les éléments d’annotation dans le même environnement numérique (et de les transposer ailleurs).

Tout ce système de gestion de l’annotation et de ce que sont les métadonnées associées à ce type de documents est développé par une autre communauté : International Image Interoperability Framework (traditionnellement abrégé IIIF). En collaboration avec de nombreuses institutions académiques et patrimoniales, ils facilitent le partage de ces divers outils au niveau mondial en proposant un immense catalogue de données accessible de manière simple et interopérable. Le site Gallica, typiquement, se base sur la technologie IIIF. Chaque document est toujours associé à ce que l’on appelle un « manifeste », une fiche technique descriptive renseignant sur l’objet archivé.

La seconde partie du cours a, pour sa part, été prise en charge par Rémi Petitpierre. Elle s’est concentrée sur la dimension pratique du document processing et sur les logiques procédurales essentielles à rendre le document historique numériquement intelligible (là encore, qu’il soit textuel et/ou iconographique).

Une fois numérisé, le document devient une image. Il est alors nécessaire de procéder à deux grandes opérations : la « segmentation », qui consiste à identifier et dissocier les divers objets présents dans le document, ces objets pouvant être intuitivement différenciés les uns des autres à l’aide d’un code couleur. On passe ainsi d’un « tableau de pixels » dépourvu de structure à une liste d’objets distincts.

Parallèlement, il faut procéder à la « sémantisation » des objets segmentés, en attribuant tous les éléments de la liste – c’est-à-dire toutes les « composantes connexes » repérées préalablement dans l’image – à des classes sémantiques préalablement établies par le chercheur. Ainsi, les objets présents dans l’image acquièrent une ou plusieurs signification(s). Un exemple ci-dessous :

Bien que l’on puisse faire remonter l’origine du document processing aux débuts de l’informatique – soit dans les années 1960 – et que les « réseaux de neurones » soient arrivés également très tôt, le recours à cette technologie – qui s’inspire du fonctionnement du cortex visuel humain – est relativement récent. Son principe est simple : les pixels ne sont plus analysés isolément par l’algorithme, ils le sont toujours en relation avec leurs voisins. De cette façon, il est possible d’inférer de la sémantique à partir du contexte. Le « perceptron de Rosenblatt » est le premier ancêtre du réseau de neurones.

Pour que le document processing fonctionne, il est nécessaire de définir un corpus et d’isoler un set d’entraînement, représentatif de l’ensemble du corpus. En théorie, plus ce dernier est grand, plus le pourcentage peut être réduit. Ce set, qui servira d’entraînement à la machine, doit être complété par des exemples de validation, distincts des précédents, qui permet de vérifier la fiabilité des résultats. Si le premier travail manuel demande un certain investissement, la seconde phase est bien plus courte, puisqu’un algorithme automatise la segmentation et la sémantisation des documents.

Le réseau de neurones peut, dans un second temps, apprendre automatiquement de ces exemples d’entraînement, corriger ses erreurs par rapport à la vérité terrain (annotations manuelles) et ainsi former un réseau de fonctions mathématiques capable de traiter contextuellement l’information et de procéder automatiquement à la segmentation sémantique du corpus. Le réseau entraîné est un réseau spécialiste du problème qu’on lui a soumis et tend à reproduire les schémas d’annotation sur lesquels il a été entraîné. La vérification des performances et de la capacité de généralisation du réseau est effectuée sur le set de validation.

Un schéma (préparé, à l’instar des autres, par Rémi Petitpierre) synthétisant cette procédure d’apprentissage supervisé :

Rémi Petitpierre a explicité, dans le reste du cours, la manière dont les estimations du document processing se doivent parfois d’être corrigées, car sujettes à de nombreuses erreurs de calcul. De plus, il a partagé plusieurs conseils pour optimiser les processus de reconnaissance automatique. Enfin, il s’est penché sur deux cas d’études pour observer plus en détail la logique algorithmique de traitement de l’information. Le premier cas était un objet iconographique : le cadastre Melotte de Lausanne (1721-1727) :

Ce cas d’étude a introduit les bases fondamentales précédant l’étape de géoréférencement manuel (sur QGIS, notamment) ou automatisé.

Le second cas d’étude était, pour sa part, centré sur un objet textuel et structuré : le recensement communal de Lausanne ; l’image d’origine a été segmentée, sémantisée, les colonnes et les lignes basales des segments de texte ont été détectées, et après de nombreuses étapes de pré-traitement (incluant, notamment, un recadrage, un deslanting et la compensation de la lumière), il est possible de procéder à l’océrisation du texte grâce à un réseau de neurones. Un post-traitement, basé sur des caractéristiques linguistiques et des dictionnaires appropriés, est ensuite nécessaire. En y ajoutant la structure, il est possible d’obtenir une version digitale et structurée du recensement, qui n’était, dans son scan original, qu’un amas de pixels.

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En prévision du site Internet que produiront les quatre groupes de travail dans leur rendu final (voire d’une éventuelle maquette dans leur rendu intermédiaire), Rémi Petitpierre a présenté, lors de la séance du 24 mars 2021, un tutoriel expliquant comment créer et personnaliser un site web, que cela soit au niveau esthétique, au niveau de l’ajout de modules interactifs, etc. Plutôt que le logiciel WordPress, Rémi Petitpierre a proposé d’utiliser WIX, qui se révèle plus intuitif tout en offrant amplement les possibilités de programmation nécessaires aux étudiants pour mener à bien leur projet respectif.

Pour accéder à WIX, cliquez ici.

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C’est les présentations intermédiaires du semestre de printemps qui ont eu lieu le mercredi 14 avril. À tour de rôle, chaque groupe est intervenu pendant une quinzaine de minutes pour exposer l’état de ses recherches : ce qu’ils ont déjà effectué, où ils en sont et quels sont leurs objectifs pour le rendu final fin mai.

Grâce au recensement de 1832 dont il dispose, le groupe population poursuit son étude des femmes cheffes de famille dans le Lausanne du XIXsiècle, qui – via la création de cartes statistiques – aboutira au développement d’une carte interactive localisant ces femmes en fonction de différentes « caractéristiques » (métier, année de naissance et lieu d’origine).

S’aidant également des données sur la population, le groupe cadastre progresse dans sa création d’un moteur de recherche et d’une carte interactive sur laquelle il sera possible de localiser les habitants de Lausanne – en fonction de leur métier et de leur classe sociale, cette fois – à la même époque.

De son côté, le groupe Icono Lausanne avance dans son étude du conséquent fond iconographique de la ville auquel ils ont accès, en se focalisant sur le funiculaire et sur l’impact que cette infrastructure a eue sur les quartiers d’Ouchy et du Flon, via une analyse quantitative et qualitative (passant notamment par le développement d’une carte interactive).

Enfin, reprenant sa tripartition historique (avant-guerre, guerre et après-guerre) et se recentrant sur trois thématiques (expression officielle / populaire, loisirs et parade), le groupe Cinéac continue de développer son projet de carte interactive – en géolocalisant les 150 vidéos de leur corpus – et de journal – en l’agrémentant grâce aux articles d’époque abordant les mêmes événements que ceux représentés audiovisuellement.

Lors de la séance du mercredi 21 avril, Rémi Petitpierre s’est chargé d’effectuer quelques compléments techniques et théoriques sur différents outils et questions déjà introduits au fil des deux semestres.

En outre, il a présenté une méthode pouvant être utile à plusieurs des groupes : la Latent Dirichlet Allocation, qui est utilisée à la base pour le natural language processing. Cette méthode consiste, synthétiquement, à créer un « cluster sémantique » permettant de définir un thème général, puis de laisser le logiciel repérer automatiquement ses occurrences dans un corpus textuel déterminé.

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Lors de la séance du mercredi 5 mai 2021, Isabella di Lenardo a proposé aux étudiantes et étudiants du cours un retour sur la démographie historique. Son but était de fournir des conseils et des méthodes permettant d’appréhender – dans une perspective synchronique comme diachronique – un corpus de grande envergure.

La démographie historique émerge en France dans les années 1960-1970, dans la continuité des travaux des Annales. Aujourd’hui, les approches sont restées relativement similaires, à l’exception de l’extraction de données qui est de plus en plus facilitée grâce au développement des méthodes computationnelles.

Dans le cas de la Suisse, le premier recensement réellement « fiable » date de 1850, sachant que la récolte de données concernant la population commence à être effectuée depuis là non plus au niveau cantonal, mais fédéral. On a pu y constater une conséquente croissance de la population helvétique, celle-ci étant passée de 2.5 à 7.1 millions d’habitants en 130 ans.

En schématisant ces mêmes informations grâce à des pyramides des âges, on peut observer une tendance générale au vieillissement de la population suisse.

Trois indicateurs à grande échelle sont généralement pris en considération dans les études démographiques : (1) la taille de la population, (2) la structure (taille et composition) de la population nubile, et (3) le milieu culturel et social. À ces indicateurs se couplent quatre paramètres : (I) la nuptialité, (II) la fécondité, (III) la mortalité et (IV) la mobilité. Dans le cadre du projet Lausanne Time Machine, c’est majoritairement les deux premiers paramètres qui sont pris en compte, sachant que les registres de la population lausannois donnent essentiellement accès à ces deux types d’informations. Ces registres constituent, avec l’état civil, les principales sources exploitables pour le démographe du 19ème siècle.

Au sujet de la nuptialité, trois éléments sont particulièrement pris en considération pour réaliser des statistiques : le pourcentage de femmes mariées (au moins une fois), la distribution de l’âge du mariage et la durée du mariage. Grâce à de telles données, des constats historiques surprenants ont pu être effectués, notamment celui du rajeunissement du calendrier de la nuptialité des femmes des années 1930 aux années 1970, ces chiffres ayant mis en exergue une tendance contraire en Suisse à celle de ses voisins européens.

Au sujet de la fécondité, c’est à nouveau trois éléments qui sont spécifiquement étudiés : la répartition du nombre d’enfants par femme, cette même répartition selon l’âge des femmes, et enfin le croisement de cette répartition avec les professions exercées par les femmes en question.

Le statut de la femme est la principale donnée que l’on peut extraire de l’état civil. Dans le cas des femmes cheffes de famille, trois statuts sont envisageables : célibataire, divorcée ou veuve. Mais il est tout à fait intéressant d’analyser cette donnée en relation avec celle de l’âge de ces mêmes femmes et de leur occupation (professionnelle ou non).

En somme, ces paramètres, ainsi que ceux présentés préalablement, constituent l’un des socles permettant d’étudier la condition de la femme dans une zone précise et à une époque donnée.

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La séance du 26 mai a été consacrée à l’examen final du cours Lausanne Time Machine 2020-2021. Pendant une vingtaine de minutes, chacun des groupes de travail a présenté ses recherches (via un PowerPoint) et l’aboutissement de ces dernières en un projet pratique (via le site Internet qu’ils ont développé).

Pour le travail du groupe population sur les femmes cheffes de famille dans le Lausanne du XIXsiècle, se rendre ici et consulter les images ci-dessous.

Pour le travail du groupe cadastre sur les métiers de la population lausannoise à la même époque, se rendre ici et consulter les images ci-dessous.

Pour le travail du groupe icono Lausanne sur les représentations photographiques du Flon et d’Ouchy, se rendre ici et consulter les images ci-dessous.

Pour le travail du groupe Cinéac sur la contextualisation et la géolocalisation de vidéos d’actualité du XXe siècle, se rendre ici et consulter les images ci-dessous.

Cette dernière séance du cours Lausanne Time Machine a eu pour but de conclure l’année par une discussion libre entre les enseignants et les étudiants, afin de comprendre quels sont les points forts du cours et quels sont les éléments qui devraient être améliorés pour l’année prochaine. La collaboration UNIL/EPFL est apparue comme l’une des principales qualités de ce cours, puisque les étudiants de chacune de ces institutions et disciplines ont pu apporter à son groupe des connaissances qui lui étaient propres.

Le cours propose de reconstruire l’histoire de Lausanne à travers plusieurs axes de recherche interdisciplinaires. Les séances visent au développement de différentes compétences dans la manipulation de logiciels et de concepts informatiques. Le contenu est conçu pour répondre aux besoins des étudiants qui ont une formation en informatique, en sciences fondamentales, ou en sciences de l’ingénieur et qui visent à enrichir leurs connaissances historiques à travers l’utilisation d’outils numériques. Le cours se destine également aux étudiants qui suivent un cursus en sciences humaines ou en sciences sociales et qui désirent employer les technologies de l’information dédiées à l’étude historique afin d’acquérir de nouvelles connaissances et se confronter à de nouveaux questionnements épistémologiques. Le cours prévoit d’enseigner en détail l’emploi de méthodes informatiques utiles à l’analyse de grands ensembles de données historiques pour permettre aux étudiants de se confronter aux défis stimulants qui apparaissent à l’aune des « large scale objects » en histoire.

En se concentrant sur Lausanne, cette étude de cas vise à formuler un cours en collaboration avec les institutions patrimoniales de la ville, pour étudier de nouveaux ensembles de données, extraites spécifiquement pour le cours, et qui n’ont à ce jour jamais fait l’objet d’un travail d’analyse historique.

Parmi les axes de recherche envisagés figurent :

  • Les enjeux relatifs au développement morphologique de la ville et à l’analyse de l’espace habité, à partir de sources cartographiques, envisagées du point de vue de l’histoire de l’architecture et de l’histoire urbaine
  • L’histoire socio-économique de la ville et de ses populations, analysée à partir des sources cadastrales, de l’état civil et de la presse locale, à l’aide de méthodes statistiques
  • L’étude approfondie de l’espace habité à partir de données provenant de la municipalité et du bureau de statistique afin d’évaluer la gestion des espaces verts, de l’interface lémanique, ou encore de la météo dans le temps
  • L’étude du patrimoine culturel, en analysant le patrimoine archéologique de la ville, la culture matérielle, le patrimoine actuel et les logiques de localisation et de conservation
  • L’analyse des sources textuelles historiques, étudiées dans leur évolution linguistique et formelle.

Groupe 1 : Recensement | Cartographie de la population

 

Groupe 2 : Cadastre 1831 | Analyse morphologique de la ville

Groupe 3 : Icono Lausanne

Groupe 4 : Les vidéos Cinéac | Lausanne en vidéo

A la fin de ce cours l’étudiant doit être capable de :

  • Manipuler les outils fondamentaux pour l’étude numérique de sources historiques
  • Connaître et interpréter la cartographie historique de la ville de Lausanne
  • Comprendre la structure d’un système HGIS pour représenter l’évolution d’une ville
  • Identifier le contenu historique pertinent pour le développement d’un projet numérique
  • Réaliser une page web ou un blog répondant aux exigences du cours
  • Maîtriser les méthodes statistiques utiles pour interpréter les données cadastrales et historiques.

Les premières séances sont consacrées à la présentation des outils de travail et des data sets. Les semaines du premier semestre comprennent, en alternance, des séances théoriques portant sur les questions clés liées à la compréhension et l’interprétation des 5 axes de recherche du cours, et des séances ‘laboratoire’ dédiées au développement de la proposition de projet.

À la fin du premier semestre, les étudiants doivent présenter une proposition de projet (dataset, contexte, méthodes et problématique) qui sera ensuite développée le semestre suivant.  Cette présentation fera l’objet d’une première évaluation.

Les premières séances du deuxième semestre seront dédiées à l’apprentissage de notions clés et à la prise en mains des outils numériques nécessaires à la modélisation des informations historiques récoltées. Une attention particulière sera accordée aux techniques de modélisation des réseaux, à la cartographie numérique, à la photogrammétrie, ainsi qu’au développement d’interface web pour l’exploration des données. Durant la dernière séance du semestre, les étudiants présenteront les résultats de leurs projets, ainsi que leur interface numérique de visualisation de données. Les institutions patrimoniales qui ont participé au projet seront invitées à assister à la séance de présentation.

Les interfaces et les pages web/blog seront publiées dans le site web de l’initiative Lausanne Time Machine.

Durant le premier semestre, le travail consiste à développer une hypothèse de projet. Tout au long du deuxième semestre, les groupes mixtes UNIL/EPFL réalisent le projet en publiant une interface web de recherche.

L’évaluation du cours porte sur les éléments suivants :

-A la fin du premier semestre (automne 2021) :

  • Présentation orale et dossier de proposition de projet : 100%

-A la fin du deuxième semestre (printemps 2022) :

  • Présentation orale et réalisation concrète du projet (analyses et interface numérique) : 100%

Pour les étudiant·e·s EPFL, ce cours est disponible dans le programme SHS.

Pour les étudiant·e·s UNIL, le cours est disponible dans les programmes suivants :

  • Maîtrise universitaire en humanités numériques (2016 ->) ›› Enjeux sociaux et politiques du numérique – MA-INTERFAC-CSHN-4020 – Cours optionnel à 3 ECTS
  • Maîtrise universitaire, Histoire (2015 ->) ›› Approfondissement – MA-HIST-2020 – Cours optionnel à 4 ECTS
  • Maîtrise universitaire, Programme de renforcement (2015 ->) ›› Enseignements SHS – MA-RENF-SHS – Cours optionnel à 3 ECTS
  • Le cours est également ouvert aux étudiants de la Maîtrise universitaire en Science politique dans l’offre de cours en choix libres.

Concernant les dernières mesures sanitaires en vigueur, merci de vous référer à la page Moodle du cours.