Peut-on tout pardonner?

S’il y a un Dieu, il devra me demander pardon.

Texte gravé par un prisonnier juif sur le mur de sa cellule pendant la deuxième guerre mondiale. 

Comment continuer à vivre après les atrocités d’une guerre, l’horreur des camps de concentration, des violences subies? Pardonner, ne serait-ce pas oublier ou banaliser le mal ? 

Pour certaines personnes, “on ne peut pas tout pardonner”. Elles considèrent que le pardon donnerait aux criminel·le·s un permis pour faire du mal. La revanche ou la punition est alors vue comme une manière privilégiée d’imposer un ordre et d’apprendre aux humains des leçons difficiles et d’empêcher la récidive.

Le philosophe Vladimir Jankélévitch, survivant de la Shoah, s’inquiète de voir s’insinuer la volonté d’oublier dans celle de pardonner. Pour lui, oublier certains crimes serait commettre un autre crime contre le genre humain.

Des exemples dans l’histoire montrent pourtant que le pardon est un chemin toujours possible pour restaurer les relations humaines et se tourner vers l’avenir. A l’instar de la Commission Nationale pour l’Unité et la Réconciliation, créée en 1999 après le génocide au Rwanda, et des commissions Vérité et réconciliation mises en place dans plus de 30 pays du monde. 

Dans ce même esprit, des vécus de pardon tant au niveau personnel que communautaire montrent une voie qui n’oublie pas. Le pardon fait partie d’un processus plus large. Pardonner contribue à rompre l’engrenage de la haine et du désir de vengeance. 

Elie Wiesel survivant de la Shoah et prix Nobel de la paix a fait le pari de croire en Dieu et en l’humanité malgré tout. Pour lui le pardon ne peut pas faire l’impasse sur la mémoire et la justice. 

On n’a jamais à pardonner que l’impardonnable.

                                                         Jacques Derrida