Le pardon, c’est parfois pardonner des petites choses, et parfois des événements traumatisants qui ont bouleversé nos vies. Quatre personnes rencontrées par des aumônier·es ont accepté de partager un bout de leur histoire personnelle de pardon. Découvrez ici un extrait de leur témoignage. Les récits complets sont à lire ici: QR code
L’histoire de Rémi
Rémi a des souvenirs douloureux avec sa mère. Au fil de son évolution personnelle, il parvient à mieux la comprendre, puis finalement à lui pardonner. Dans cette expérience, Rémi découvre un pardon plus large, qui allège aussi sa relation à lui-même:
« Mon expérience de pardon la plus marquante a été de pouvoir embrasser ma mère tout en me sentant aligné. Ma tête disait « oui », mon coeur et mon corps aussi.
Des années auparavant, après un moment difficile de confrontation, j’ai pu découvrir son monde, ses difficultés et comprendre que malgré toutes mes mémoires douloureuses, elle avait fait de son mieux. A partir de ce moment, mon dialogue intérieur a changé, j’ai en grande partie arrêté de lui en vouloir pour les souffrances passées. Je croyais que c’était ça le pardon, jusqu’au jour où j’ai pu entendre ce que mon coeur disait. Lui restait blessé et plein de rancune.
En apprenant à écouter mon coeur toujours un peu plus, je découvre un pardon envers moi-même, et envers ma mère et mes proches, un pardon qui touche mes tripes et qui m’allège tant. J’ai l’impression qu’il y a encore un chemin énorme à faire, et en même temps ces quelques pas sont déjà très savoureux.
Si vous aussi, parfois la vie vous semble un peu sans couleur, je vous souhaite un jour de goûter à ça. Si un cancre du coeur comme moi l’a fait. Vous le pouvez également. »
L’histoire de Martine
Un jour, Martine découvre que son mari la trompe. Dans un premier temps, elle pense le quitter. Après de nombreuses discussions avec lui et des proches, elle décide de continuer la route avec lui et de lui pardonner. Dans son cheminement de libération, Martine ira jusqu’à rencontrer l’ex-maîtresse de son mari:
« Peu après mes 40 ans, par hasard, j’ai douté d’un téléphone reçu pour mon mari qui se trouvait à côté de moi. A sa voix, ce n’était pas sa mère comme il le prétendait. J’ai compris que c’était une autre femme, sa maîtresse ! Je savais mon mari charmeur auprès de la gente féminine, mais me tromper, NON !
Après plusieurs semaines de discussions entre mon mari et moi, avec des amis très proches et tout notre entourage, nous avons décidé de poursuivre notre route de couple. Alors que personnellement, je me serais séparée, n’ayant pas accepté le comportement de mon mari.
Cette tromperie m’a beaucoup fait réfléchir : dans un cas pareil, il y a trois personnes concernées : mon mari, sa maîtresse et moi.
Afin de continuer paisiblement notre vie de couple, j’ai pardonné à mon mari. Je me suis pardonnée, car je me sentais en partie coupable de n’avoir rien vu venir.
Mais surtout, j’ai rencontré l’ex-maîtresse de mon mari. J’ai beaucoup parlé, elle m’a écoutée, émue que je puisse la rencontrer, non pas en rage, mais paisiblement. Je lui ai accordé mon pardon. J’ai vécu ces moments difficiles avec l’aide de Dieu qui m’a aidée , car dans le mot pardon, il y a le mot don, et je pense que c’est un don de Dieu d’avoir pu vivre depuis ce moment dans la sérénité. Il y a aussi le mot par(s). L’amertume, la déception sont parties: Je me suis sentie libérée. »
L’histoire de Jintao
Jintao, étudiant chinois, est venu étudier un semestre à l’Université de Lausanne. Confronté à la solitude, au changement de culture, Jin passe des moments difficiles. Il est aussi au prise avec une grande culpabilité liée à des attentes très fortes envers lui-même.
Peu à peu, grâce à des liens amicaux qu’il tisse dans une association, Jin reprend confiance, cesse de se culpabiliser et de vouloir être parfait:
« Lorsque je suis arrivé en Suisse , je pensais être bien préparé. (…) Mais la vie a un autre plan.
Les difficultés ont commencé dès mon premier jour à Vortex, après deux jours de vol entre Shanghai, Dubaï et Zurich. Je n’avais aucune idée de la façon de récupérer ma clé jusqu’à ce qu’une gentille dame se présente et m’explique le fonctionnement du casier en Suisse.
J’étais pratiquement déconnecté du reste du monde, car les données de ma carte SIM bon marché étaient très limitées. J’ai été exposé à un environnement francophone pour la première fois. Je n’ai vécu hors de Chine aussi longtemps, et ceci dans l’une des villes les plus chères du monde. Mais rien de tout cela n’a été aussi dur qu’une chose : manquer un rendez-vous avec ma copine de Lugano qui avait pris un train à 5 heures juste pour m’aider à m’installer. J’ai eu l’impression de l’avoir laissée tomber. Et pire encore, je m’étais déçu moi-même.
Après quelques jours d’isolement complet et de nuits blanches, j’ai compris : Je ne me sentais pas seulement froid. Je me punissais, comme si chaque erreur signifiait que je méritais moins de confort, moins d’attention, moins de confiance. La vérité, c’est que je ne serai jamais assez bien pour répondre aux attentes trop romantiques et idéalisées que j’ai de moi-même.
C’est là que j’ai pris un tournant. J’ai compris que la confiance en soi ne se construit pas sur la perfection. Elle se construit sur le lâcher-prise.
La première fois que je suis venue à l’Aumônerie, c’était pour la soirée raclette, où j’ai rencontré beaucoup d’entre vous pour la première fois. J’étais curieuse, je me suis présenté à tout le monde, sans m’attendre à la chaleur que j’avais reçue en retour, non seulement de la raclette, mais aussi des sourires, des « ça va ? », et de la gentillesse authentique.
Il s’avère que nous sommes aussi curieux les uns des autres que je le suis.
Je me suis alors embarquée dans un voyage que je n’aurais jamais cru aussi étonnant : Je me souviens très bien de tous les repas du lundi, dont l’un au cours duquel j’ai partagé ma toute première recette chinoise avec 40 personnes – tomates et œufs sautés – et je les ai regardés la savourer avec curiosité. (…)
Toutes ces petites choses ont commencé à me recoudre. Elles m’ont donné l’assurance dont j’avais besoin pour me pardonner. Elles m’ont rappelé que je n’ai pas besoin d’être parfait pour être accepté. Je dois simplement être présent.
La confiance ne vient pas du contrôle. Elle vient de la connexion. De la communauté. Du fait d’être humain, et d’être assez bien tel que je suis. »
L’histoire de Daniel
Durant son enfance, sur une longue période, Daniel a été abusé par une personne en laquelle il avait confiance. A douze ans, cherchant une voie de libération, il prend la décision de pardonner à son agresseur. Par la suite, il a fallu à Daniel de nombreuses années pour être entendu et reconnu comme victime et que son agresseur soit mis devant sa responsabilité:
« Le pardon a transformé ma propre vie. J’avais douze ans quand j’ai pardonné. Depuis l’âge de 9 ans, un prêtre, le père Joël Allaz, me faisait subir des abus terribles. Un jour, pendant la messe, il a prononcé un sermon sur la Vierge Marie. En l’écoutant, j’ai compris que cet homme pouvait dire de belles choses tout en étant capable du pire. Alors, j’ai prié : « Seigneur, libère-moi, et aide-moi à pardonner. » Pour moi, c’était clair que je devais pardonner pour m’en sortir, pour me libérer. Sinon, j’étais perdu. Et j’ai pardonné. Ça m’a libéré. J’ai ressenti une libération intérieure. Ça m’a fait du bien. J’ai encore souffert. Les viols n’ont pas cessé. Mais ce pardon a été un premier pas vers une possibilité de continuer à vivre. Le pardon n’enlève rien de la souffrance. Ce n’est pas une baguette magique qui permettrait de passer à autre chose !
J’ai vécu des moments très sombres de dépression, d’envie de mourir. Mais j’ai toujours pu me raccrocher à ce pardon, à cette force intérieure.Il m’a donné le courage de continuer à vivre, de garder la foi, de me relever et de servir. Sans ce pardon, je crois que je ne serais plus là aujourd’hui. Et c’est ce pardon qui me permet, chaque matin, de me lever, malgré les angoisses et les souffrances physiques, parce que j’ai choisi et je choisis encore et toujours la voie de l’amour. Le Christ a vaincu la mort. C’est une certitude.
Le pardon m’a fortifié. Et c’est certainement le déclencheur qui m’a permis de parler, de libérer la parole et de dénoncer. Avec le temps, j’ai compris que ce pardon n’était pas une faiblesse, mais une force.
Le pardon est un chemin de guérison, de réconciliation et de paix. Et surtout, c’est dire, se dire à soi-même et au monde, que l’amour est le plus fort. »