
Introduction
Comme il est de coutume, les 12 décembre de chaque année depuis 1995, la Japan Kanji Aptitude Testing Foundation organise un vote à l’échelle nationale pour élire le kanji représentatif de chaque année.
Une cérémonie annuelle se tient au temple Kiyomizu-dera à Kyoto, durant laquelle l’abbé (“jūshoku”) Mori Seihan calligraphie le caractère au pinceau sur une feuille washi de 1,5 mètre de hauteur.
Pour la première fois en 30 ans d’histoire, le kanji sélectionné représente un animal sauvage, à savoir l’ours (“kuma”, 熊).
Comment expliquer ce choix ?
En 2025, le Japon a enregistré 13 décès et plus de 200 blessés dus à des attaques d’ours sauvages. S’en est suivi un triste record : celui de 14 601 ours abattus en un an.
Derrière ces chiffres accablants, plusieurs causes structurelles, tant sur le plan écologique que social : un climat qui se dérègle, des forêts qui avancent et des villages qui se désertifient au profit des grandes métropoles. Le choix de représenter l’année 2025 par ce kanji prend ainsi l’aspect d’un signal d’alarme symbolique.
L’ours dans la culture japonaise
Au Japon, l’ours n’est pas réduit à sa seule menace, mais il est également ancré dans le paysage culturel du pays.
À Hokkaidō, l’île la plus septentrionale de l’Archipel, il est par exemple profondément lié à la culture Aïnou, peuple autochtone qui l’honorait notamment au travers d’un rituel nommé iyomante, une cérémonie durant laquelle un ours élevé par la communauté était sacrifié afin de renvoyer son esprit vers le monde divin.
Dans le jargon populaire par ailleurs, il est commun de surnommer un homme à la pilosité abondante “kuma” (ours).
Enfin, dans la préfecture de Kumamoto, au sud du Japon, la mascotte officielle représente un ours noir, l’espèce la plus répandue sur l’Archipel, et est l’un des yuru-kyara (mascottes officielles de collectivités locales) les plus célèbres de tout le Japon.
Décryptage du kanji
Le kanji 熊 se lit généralement “kuma”, et est la combinaison des clés 能 (désignant aujourd’hui la capacité, et renvoyant historiquement à la force brute de l’animal) et 灬 (désignant le feu, ce qui faisait de l’ours un esprit du feu dans l’imaginaire ancien).
En conclusion
Vous l’aurez compris au travers de cet article, le kanji de l’année n’est ni choisi au hasard ni pour son esthétique : il s’agit avant tout d’un diagnostic.
Et de fait, avoir désigné le kanji de l’ours en 2025 n’est pas une simple histoire de prédateurs affamés, mais est le portrait d’un Japon en pleine mutation.
Le dérèglement climatique d’une part, qui détruit les sources de nourriture des ours, entraînant des récoltes insuffisantes en automne, période critique où ils accumulent leurs réserves avant l’hibernation. Les ours, alors affamés et dont le cycle est déréglé, descendent des montagnes vers les zones habitées.
La dépopulation rurale, d’autre part, qui vide les villages et laisse derrière elle maisons abandonnées et jardins envahis, autrement dit autant de corridors naturels pour les ours qui s’enfoncent toujours plus loin dans les zones résidentielles.
Quel caractère le Japon choisira-t-il pour résumer 2026 ? Rendez-vous le 12 décembre pour le découvrir !
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Introduction
As has been tradition every December 12th since 1995, the Japan Kanji Aptitude Testing Foundation organises a nationwide vote to elect the kanji representative of the year.
An annual ceremony is held at Kiyomizu-dera Temple in Kyoto, during which the temple’s abbot (jūshoku) Mori Seihan calligraphies the winning character with a brush on a sheet of washi paper measuring 1.5 metres in height.
For the first time in 30 years of history, the selected kanji represents a wild animal: the bear (“kuma”, 熊).
Why this choice?
In 2025, Japan recorded 13 deaths and over 200 injuries caused by wild bear attacks. A grim record followed: 14,601 bears culled in a single year.
Behind these alarming figures lie several structural causes, both ecological and social: a destabilising climate, advancing forests, and villages emptying in favour of major cities. The decision to represent 2025 with this kanji thus takes on the character of a symbolic warning signal.
Bears in Japanese culture
In Japan, the bear is not reduced to its threat alone — it is also deeply embedded in the country’s cultural landscape.
On Hokkaidō, the northernmost island of the Archipelago, the bear is for instance profoundly tied to Ainu culture, an indigenous people who honoured it through a ritual known as iyomante — a ceremony in which a bear raised by the community was sacrificed in order to send its spirit back to the divine world.
In popular parlance, it is also common to nickname a heavily bearded or hairy man “kuma” (bear).
Finally, in Kumamoto Prefecture, in southern Japan, the official mascot depicts a black bear, the most widespread species across the Archipelago, and is one of the most celebrated yuru-kyara (official local mascots) in the entire country.
Breaking down the kanji
The kanji 熊 is generally read “kuma”, and is a combination of two components: 能 (which today denotes capability, but historically referred to the raw strength of the animal) and 灬 (the fire radical, which led ancient thinkers to regard the bear as a spirit of fire).
In conclusion
As this article has shown, the Kanji of the Year is chosen neither at random nor for its aesthetics: it is, first and foremost, a diagnosis.
And indeed, the selection of the bear kanji in 2025 is not simply a story of hungry predators, it is a portrait of a Japan in the midst of profound change.
Climate change, on one hand, is destroying bears’ food sources, leading to insufficient harvests in autumn, the critical period during which they build up their reserves before hibernation. Hungry and with their cycles disrupted, bears descend from the mountains toward inhabited areas.
Rural depopulation, on the other hand, is emptying villages and leaving behind abandoned houses and overgrown gardens, in other words, natural corridors through which bears venture ever deeper into residential areas.
Which character will Japan choose to define 2026? Be there on December 12th to find out!