Les premiers élèves de Perret 1923-1930

La génération de l’Atelier du Palais de Bois Goldfinger, Luyckx, Forestier, Nitzchke, Nelson, Ledonne, Brelet, Guilbert, Honneger, Sardnal, Lambert, Vetter

5 – 20 février 1986


Exposition réalisée par l’institut Français d’Architecture et l’Ecole d’Architecture de Nancy avec la collaboration du Conservatoire national des Arts et Métiers

On reparlera bientôt d’Auguste Perret, du Théâtre des Champs Elysées, du Musée des Travaux Publics, de la Tour d’Amiens ou de la reconstruction du Havre qui sont ses oeuvres les plus connues, les plus admirées et les plus contestées.

Au moment où l’architecture française traverse la plus grande crise de son histoire, il est nécessaire de s’interroger sur ses traditions et ses renaissances. Aujourd’hui après ces trente dernières années qui ont bouleversé le paysage urbain, le travail des frères Perret prend un sens nouveau : au delà de la structure, au delà du style, classique ou moderne ou les deux à la fois, s’est manifesté un travail sur le projet qu’il faut maintenant comprendre.

Aborder le problème de la réévaluation de Perret par l’étude de son premier enseignement et celle des oeuvres diverses, à maints égards étonnantes de ses premiers élèves, c’est entreprendre un travail historique : replacer une oeuvre dans son contexte économique et doctrinal et dans le cadre des diverses stratégies qui l’accompagnent. A travers la présentation méticuleuse des dessins et des travaux des premiers élèves de Perret en France et à l’étranger, apparaît une question sur l’histoire de l’architecture et sa méthode et surtout une question sur l’architecture d’aujourd’hui. Le projet d’enseignement dans lequel se trouvent impliqués Perret et ses premiers élèves est un chapitre essentiel de cette histoire particulière de la production architecturale. Les expériences déjà riches du nouveau professeur, constructeur reconnu et engagé dans la pratique, ont rencontré dans ce projet didactique l’ambition d’une nouvelle génération.

En effet, la formation du premier Atelier Perret, en 1923, a pour origine la dissidence des deux groupes d’étudiants mécontents de l’enseignement de l’Ecole des Beaux-Arts : – le groupe de l’atelier Pontremoli : André Ledonné et Adrien Brelet – le groupe de l’atelier Laloux Le Maresquier : Oscar Nitzchke, Michel Luyckx, Théor Sardnal, Jacques Guilbert et Jean-Jacques Bourdet. Ces sept étudiants sont les fondateurs de l’Atelier du Palais de Bois. Très vite, au noyau des fondateurs, se joignirent d’autres étudiants parmi lesquels : Nelson, Goldfinger, Forestier, Coupel, Boquien, Honneger, Blaise Jeanneret, Zaytzeff, Trezzini, Aubour, Sive, Rücker, Buffa… Ces nouveaux arrivants venaient eux aussi d’autres ateliers de l’Ecole des Beaux-Arts (Jaussely, Gromort) mais également de l’Ecole Spéciale d’Architecture et même de l’Ecole des Arts Décoratifs. Perret offrit aux étudiants de les installer dans quelques unes des travées du grand bâtiment qu’il construisait alors à la Porte Maillot pour la Société du Salon des Tuileries. Il s’agissait d’un édifice provisoire en bois, faisant appel, pour des raisons d’économie, à des sections standard de commerce : “Pas une entaille, pas un coup de scie ne fût donné sur le chantier. Tout était récupérable…”. Il s’agira de l’Atelier dit du “Palais de Bois”.

L’enseignement de Perret consistait en discussions libres à partir des projets qui lui permettaient de développer ses principes doctrinaux, mais cet enseignement se prolongeait par une réelle pratique d’agence et de chantier grâce à la structure particulière de l’entreprise Perret. C’est, semble-t’il, ici qu’il faut chercher l’explication du “statut” particulier de l’Atelier Perret dans ses rapports à l’Institution de l’Ecole des Beaux-Arts. Comprendre un groupe d’élèves, ce n’est pas seulement contempler leurs dessins : c’est reconstituer leurs propres cheminements, leurs incertitudes, leurs échecs … découvrir leurs combats. Comme les élèves de Labrouste, comme ceux de Jules André, les élèves de Perret ont fait l’expérience de l’échec répété aux concours de l’Ecole : vers 1930 s’achève l’expérience de l’Atelier du Palais de Bois. Comprendre un oeuvre, un homme, un maître, c’est aussi reconstituer le chemin qu’il se fraye par les premiers succès de ses élèves ou leurs premières oeuvres, c’est découvrir où ce chemin le conduit et comment. (IFA)

Oscar Nitzchke, Maison de la publicité, 1935