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Au cours de l’apprentissage de la langue française, les élèves apprennent dans un premier temps que le masculin est la forme grammaticale qui désigne un ou plusieurs hommes et que le féminin, la forme qui désigne une ou plusieurs femmes. On parle alors du sens spécifique du masculin. 

Un étudiant se réfère à un homme qui étudie, de même qu’une étudiante à une femme qui étudie.

Ce n’est que dans un second que les élèves apprennent l’interprétation générique du masculin, aussi appelée “neutre” ou “universelle”. Le masculin est alors gratifié d’un second sens, à savoir qu’il peut désigner soit un groupe mixte de personnes, soit des personnes dont le genre n’est pas connu ou non pertinent. On parle alors du sens générique du masculin. C’est ce sens qui pose problème. 

Des étudiants se réfère à des hommes qui étudient, mais peut aussi se référer à un groupe mixte ou à des personnes dont le genre n’est pas connu ou non pertinent. 

Bien que cette règle grammaticale soit facile à apprendre et comprendre, elle reste difficile à appliquer, car elle engendre une certaine ambiguïté que notre cerveau a du mal à gérer.

Une ambiguïté difficile à gérer

Dès l’enfance, le cerveau gère mal l’aléatoire ou l’ambiguïté. Il a sans cesse besoin d’activer les distinctions femmes/hommes dans les contextes genrés. D’autant plus lorsqu’il est en présence de stéréotypes de genre. Pratiquement toutes les études montrent que le cerveau peine énormément à considérer le sens générique comme neutre ou universel.

L’usage du masculin comme générique entraîne la formation inconsciente, automatique et spontanée d’une image mentale constituée d’une majorité d’hommes.

A l’heure actuelle, on peut affirmer qu’il nous est même impossible de contrôler l’activation masculin = homme dans notre cerveau, même si l’on nous rappelle que la forme grammaticale masculine est gratifiée de deux sens.

En d’autres termes, la forme masculine générique échoue en sa tentative d’inclure les femmes, car notre système cognitif peine énormément à considérer ce générique comme neutre ou universel.

La forme masculine est alors dominante dans la perception que nous nous faisons de la réalité.

Etudier comment notre système cognitif gère cette ambiguïté est essentiel, car la valeur attribuée à la forme masculine guide notre compréhension du texte, du discours ou des comportements qui y sont liés.

Langue genrée et représentations mentales

Des recherches récentes menées avec des enfants, des adolescentes et des adolescents francophones ont conclu que la manière, neutre ou genrée, de leur présenter un métier influençait directement leur intérêt pour celui-ci.

Les filles, notamment, étaient ainsi plus enclines à opter pour des métiers énoncés avec un doublon le métier d’informaticienne ou d’informaticien qu’avec un masculin générique le métier d’informaticien.

Langue genrée et égalité

Censé inclure femmes et hommes dans une formulation neutre, le masculin générique s’avère réducteur et contribue à rendre les femmes et les autres personnes dont le genre n’est pas masculin moins visibles dans la langue.

Si les effets induits sur la société sont complexes, des études ont néanmoins cherché à les mesurer en comparant un grand nombre de pays dont les langues sont plus ou moins genrées.

Elles concluent que les pays dont la langue est genrée, comme la France ou l’Allemagne sont moins égalitaires que ceux dont la langue est neutre, comme le Danemark ou la Finlande.