Argumentaire

C’est un fait, la langue française est dominée par le masculin et invisibilise les femmes. Mais elle n’est pas figée, au contraire, elle est en constante évolution. 

Ecrire de manière plus inclusive c’est faire preuve d’innovation et tenter de réduire les inégalités de genre par un moyen très accessible.

Le langage inclusif n’est pas une tentative de féminiser la langue, mais plutôt de freiner sa masculinisation qui a débuté au 17ème siècle. Son ambition est de faire du français un outil de communication où chacune et chacun peut se reconnaître.

Afin de comprendre pourquoi la langue française est sexiste et de quelle manière elle invisibilise les femmes, il suffit de se pencher sur l’histoire et la recherche. 


Timeline : histoire et recherche

12ème au 14ème siècles 

  • Première vague de masculinisation de la langue française
  • Montée en puissance du “il” comme valeur par défaut 

17ème siècle 

1647 : histoire

« Le genre masculin étant le plus noble doit prédominer toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble. » 

Claude Favre de Vaugelas, Remarques sur la langue française, 1647

1675 : hisoire

« Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte. »

Abbé Bouhours, Remarques nouvelles sur la langue française, 1675


18ème siècle 

1767 : histoire

« Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »

Nicolas Beauzée, Grammaire générale ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires pour servir à l’étude de toutes les langues, 1767


20ème siècle 

1973 : recherche

« Les femmes postulent moins pour les postes proposés lorsqu’ils sont décrits avec la forme générique au masculin. »

Bem, S. L., & Bem, D. J. (1973). Does sexbiased job advertising “aid and abet” sex discrimination? Journal of Applied Social Psychology, 3, 6-18

1978 : recherche

« L’emploi de la forme générique au masculin incite à penser davantage aux hommes. »

Moulton, J., Robinson, G. M., & Elias, C. (1978). Sex bias in language use: “Neutral” pronouns that aren’t. American Psychologist, 33 (11), 1032-1036.

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« La langue est un miroir culturel, qui fixe les représentations symboliques et se fait l’écho des préjugés et des stéréotypes, en même temps qu’il alimente et entretient ceux-ci. »

Marina Yaguello, Les mots et les femmes, Payot, 1978

1980 : histoire

Marguerite Yourcenar devient la première femme élue membre de l’Académie française.

1993 : recherche

La Confédération suisse commence à rédiger les textes législatifs de manière non sexiste, mais en langue allemande uniquement.

1999 : recherche

«Le français dispose de ressources morphosyntaxiques qui permettent une féminisation conforme au génie de la langue dans quasiment tous les cas. »

Annie Becquer, Bernard Cerquiglini, Nicole Cholewka, Femme, j’écris ton nom… Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions, La documentation française, 1999


21ème siècle 

2004 : recherche

« Les élèves ont significativement plus confiance en eux [pour entamer des études] lorsque les professions sont présentées avec la marque du genre
grammatical féminin. La féminisation lexicale des professions apparaît en ce sens comme un moyen susceptible de contrer certains aspects sexistes de la langue française. »

Chatard, A., Guimond, S., Lorenzi-Cioldi, F., & Désert, M. (2005). Domination masculine et identité de genre [Male dominance and gender identity]. Les
Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 67-68, 113–123.

2008 : recherche

« En moyenne, 23% des représentations mentales sont féminines après
l’utilisation d’un générique masculin, alors que ce même pourcent est de 43%
après l’utilisation d’un terme épicène. »

Brauer, M. (2008). Un ministre peut-il tomber enceinte ? L’impact du générique masculin sur les représentations mentales. L’année psychologique. vol. 108, n°2. pp. 243-272.

2009 : recherche 

« La forme masculine utilisée comme une forme générique pour se référer à des personnes des deux sexes, ou des personnes dont le sexe n’est pas connu ou non pertinent, est vraisemblablement associée à son sens spécifique (masculin = homme(s))dans les langues à marques grammaticales de genre. »

Gygax, P., Gabriel, U., Sarrasin, O., Garnham, A. & Oakhill, J. (2009). Some grammatical rules are more difficult than others: The case of the generic
interpretation of the masculine. European Journal of Psychology of Education, 24, 235-246.

2012: recherche

« Bien que les lectrices et les lecteurs puissent être motivés à activer de manière élaborée l’interprétation générique de la forme masculine, celle-ci ne peut pas annuler complètement une interprétation spécifique (masculin = homme(s)) activée de manière plus passive. »

Gygax, P., Gabriel, U., Lévy, A., Pool, E., Grivel, M., & Pedrazzini, E. (2012). The masculine form and its competing interpretations in French: When linking grammatically masculine role names to female referents is difficult. Journal of Cognitive Psychology, 24, 395-408.

2013 : recherche

« En français, à la lecture d’un métier, bien qu’il soit associé à certains stéréotypes, sa marque grammaticale semble être déterminante à la construction d’une représentation du genre. »

Gygax, P.M., Sarrasin, O., Lévy, A., Sato., S., & Gabriel, U. (2013). La représentation mentale du genre pendant la lecture : état actuel de la recherche et directions futures. Journal of French Language Studies, 23, 243-257

2014 : recherche 

« Sauf exceptions bien sûr, on continuera d’employer des substantifs masculins pour parler de femmes, en croyant de plus en plus qu’ « en France, c’est comme ça ».

Eliane Viennot, Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin !, Editions IXE, 2014

2015 : recherche

« Même pour des métiers qui ne sont pas stéréotypés du point de vue du genre, comme les musiciens, les enfants pensent tout de même que les hommes ont plus de chance d’y réussir que les femmes lorsque ceux-ci ne leur sont présentés qu’au masculin. »

Vervecken, D., Gygax, P., Gabriel, U., Guillod, M., & Hannover, B. (2015). Warm-hearted businessmen, competitive housewives? Effects of gender-fair
language on adolescents’ perceptions of occupations. Frontiers in Psychology, 6.

2019 : histoire

L’Académie française adopte la féminisation des noms de métiers.